Mr Maloubier agent du SOE, section F vient de décéder

( PHOTO: LE FIGARO.FR)

Robert ( BOB) Maloubier (né le 2 février 1923 à Neuilly-sur-Seine) fut, pendant la Seconde Guerre mondiale, un agent secret français du Special Operations Executive. À ce titre, il fut d'abord parachuté clandestinement deux fois en France occupée comme saboteur dans le réseau SALESMAN .Dans la région de Rouen au deuxième semestre 1943, puis dans le Limousin à la Libération. Puis, ayant rejoint la Force 136, il fut parachuté au Laos en août 1945. Après la guerre, il fut officier de renseignement du SDECE (actuelle DGSE), participa à la création des premières unités de nageurs de combat et travailla en Afrique pour des compagnies pétrolières.

En janvier 1941, il s’enrôle dans l’aviation de l’armée d’armistice, résolu, dès son premier lâcher seul aux commandes d’un avion, à mettre le cap pour s' échapper vers Gibraltar ou Malte. Mais comme il y a déjà trop de pilotes, il est affecté à la garde de la base aérienne de Bizerte.

Le 8 novembre 1942, la base est encerclée par les Allemands. Après l’assassinat de Darlan, Jacques Vaillant de Guélis le recrute comme agent secret du SOE. LE 10 Janvier 1943. Il quitte Alger pour Londres, via Gibraltar. En février 1943, Il est brièvement interrogé par le MI5 à Patriotic School, puis est emmené à Orchard Court où les membres dirigeants et les officiers traitants de la section F rencontrent les agents opérationnels. 

Sa 1ére mission en France

En Août 1943. Dans la nuit du 15 au 16, il est parachuté en France, à la périphérie de Louviers. Il atterrit, à minuit passé, dans un champ de blé. Au pied d’un pommier patiente un homme « jeune, plutôt petit, aux lèvres bien ourlées, au regard gris pétillant d’intelligence et d’humour ». C’est Philippe Liewer, qui sera son « boss », le chef du réseau SALESMAN. Maloubier vient remplacer Gabriel Chartrand comme saboteur du réseau. Secondé par Claude Malraux, Bob Maloubier mène alors une équipe de « terroristes » qui réalise plusieurs sabotages : un « tender » de sous-marins qui, depuis longtemps, force le blocus de la Royal Navy et accroît le rayon d’action des U-Boote ; une usine qui fabrique des pièces d’avions Focke-Wulf ; une centrale électrique qui alimente la région rouennaise.
Décembre. Le 20, mis en retard par un poivrot et trahi par un passager, il frôle de trop près le couvre-feu. Il est intercepté, arrimé, pistolet sur la nuque, sans espoir de sortie, par les Feldgendarmes. Il s’échappe et reçoit plusieurs balles. Traqué, il brise la banquise d’un canal qu’il traverse de façon que les chiens perdent son odeur. Il se couche sur la terre givrée, par moins dix. À l’aube, il se réveille surgelé et parvient à se rendre à Rouen, à quatorze kilomètres de là. 

Bob Maloubier raconte sa deuxième mission en France, dans le Limousin

Nous sautons dans le maquis marxiste du colonel Georges Guingouin, le « préfet rouge » du Limousin, nous, affichés britanniques, car Guingouin ne veut pas d’un gaulliste chez lui...
Hélas, les jours suivants, Violette tombe entre les mains des SS de la Panzer Division Das Reich qui se rue de Toulouse vers la Normandie pour contenir l’invasion alliée. Cette division, nuit après nuit, nous la harcèlerons. Des vagues punitives ratissent notre maquis. Nous nous dépensons de notre mieux pour freiner leur pénétration. J’abats des arbres et des pylônes, je coupe des routes, je détruis frénétiquement des ponts ; jusqu’à sept d’affilée certains jours.
Nous tombent du ciel un commando SAS français et une unité de Rangers dépendant du distingué colonel prince Obolenski, vrai colonel de l’US Army et boyard russe authentique. Fatalité : son adjoint et plusieurs de ses hommes sont cisaillés au cours de l’attaque d’un train blindé diabolique qui déjoue à l’envi nos embuscades. Nous l’avons surnommé « la Casserole ».
Surprise, enfin. Par une sereine nuit de juillet 1944, je vois se poser Jacques de Guélis, mon agent recruteur, suivi du Squadron Leader André Simon et du capitaine Bissett, dit Toto, des officiers traitants qui à Londres m’ont abreuvé de leur science. Des « anciens » qui ont été parachutés en France pendant la préhistoire de notre service, en 41. En chœur nous nous en prenons aux verts-de-gris qui nous serrent de près.
Début août, Brive tombe. Puis au terme d’un bluff insolent Philippe arrache au General-Major Gleininger la capitulation de Limoges. J’entre en ville le premier, à la tête de nos commandos. Je désarme les officiers allemands... à l’exception des SS qui enlèvent le général, l’exécutent, percent l’encerclement des maquisards et se ruent vers l’est.
Nous, nous courons au sud. Peu après, Angoulême est pris. Notre dernière mission : chatouiller les débris des garnisons ennemies qui depuis l’Atlantique s’efforcent de regagner l’Allemagne. Notre secteur d’action : la Brenne aride, en Sologne.
Après avoir anéanti un poste flanc-garde près de Châteauroux, je me mets en tête de capturer des cyclistes isolés que je vois pédaler sur la nationale en contrebas. Le soleil qui se couche dans l’enfilade de la route, en m’aveuglant, me joue un mauvais tour. Depuis une haie je me jette en vociférant sur la chaussée devant trois cyclistes que j’ai entendus venir... Malédiction... Ils constituent le premier rang d’une interminable colonne. J’ai bien là dix-huit mille captifs... qui refusent de s’avouer encerclés par un seul homme. Ils m’assaisonnent d’une rafale dans le bras, à un poil du cœur. Je dois à mon uniforme britannique de ne pas être fusillé à chaud. Toutefois, ils ne me lâchent pas, mes prisonniers ! Six nuits durant, accroupi sur le plateau d’un camion chargé d’essence et d’obus, j’essuie les attaques des maquis. À Billy, non loin de Vichy, j’en subis une plus meurtrière que les autres. Des Allemands tués par dizaines, et des blessés qui, faute de drogues et de pansements, ne vaudront guère mieux. Un général me fait savoir :
— Engagez-vous sur votre honneur d’officier à faire traiter mes blessés humainement et je vous les confie... Nous n’avons plus rien pour les soigner... De la sorte je vous rends votre liberté.
Blessé moi-même, je quitte mes hôtes à la tête d’un peloton d’ambulances que j’escorte jusqu’à l’hôpital de Moulins où les religieuses prennent les hommes en charge. Philippe vient me chercher d’un coup de sa rutilante 15 CV Citroën.
Georges Guingouin, qui de préfet du maquis est devenu membre éminent du PC auquel n'a pas encore été accolé le F de Français, et maire de Limoges, me donne l'accolade :
— Adieu, Bob, me lance-t-il. Tu peux rentrer chez toi. Ta mission est remplie... Moi, j'ai à combattre jusqu'au grand soir.

Février 1945

Il est affecté à la Force 136. En août, il est parachuté au Laos et fait prisonnier par les Japonais juste à la fin de la guerre.

Aprés guerre

1945 Comme son profil de saboteur, dynamiteur et tireur d'élite n'est plus recherché depuis la fin de la guerre, il entre dans les services de renseignement extérieur. Il y restera quinze ans.
1947. Il participe à la fondation du service action du SDECE (actuellel DGSE).
1948. Le 8 juin, il témoigne au procès d’Henri Déricourt.
1952. Il fonde l’unité « nageurs de combat » d'Arzew, avec Claude Riffaud, créateur du CINC d'Aspretto.
1960. Il doit quitter le SDECE en raison de son amitié avec Jo Attia, un ancien résistant devenu gangster et « roi du non-lieu », qu'il avait recruté pour exécuter des contrats au Maghreb.
Au Gabon, il devient forestier (il y coupe du bois et gère des domaines forestiers). Il travaille parallèlement pour Jacques Foccart (le « Monsieur Afrique » du général de Gaulle) pour qui il met sur pied la garde personnelle du président gabonais.
 
1962. Il est recruté par la société pétrolière Shell.
1967. En mai, il est en poste à Lagos, capitale du Nigéria, lorsque s'y déclenche la guerre du Biafra.
Il termine sa carrière chez Elf.
 
2010. Sélection au festival de Cannes de Film Socialisme de Jean-Luc Godard, dans lequel Bob Maloubier interprète le rôle d'un passager du paquebot. Il témoigne dans le documentaire Histoire des services secrets français.
2011. Le 19 mars, il est élu président de la Fédération Nationale Libre Résistance.
2013. Il participe à un débat télévisé sur les services secrets

 

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