Le capitaine Dronne

24 août au petit matin, le capitaine Dronne obtient sa feuille de route. Paris par le sud sur la nationale 20,  Arpajon, Bourg-la-Reine, porte d’Orléans, le Panthéon, l’Ile-de-la-Cité puis mouvement vers la droite gare de Lyon, Vincennes et Nogent-sur-Marne. Il étudie l’itinéraire avec ses chefs de sections et donne ses consignes : manœuvrer par les petites rues, déborder, se renseigner auprès de la population
8h00, premier accrochage à Longjumeau. Les Allemands sont dispersés en petits points d’appui qu’il faut réduire l’un après l’autre. On se bat au milieu d’une foule de civils qui n’hésitent pas à sauter sur les voitures pour embrasser les Marsouins et qui refluent dès que les balles claquent. Vers midi la Nueve entame le nettoyage d’Antony. La section Campos se charge des lisières est ; elle capture vingt quatre Allemands mais Ernest Hernozian est tué. Le détachement du commandant Putz piétine sur la nationale 20 face au canon de 88 qui tient le carrefour de la Croix-de-Berny et le verrou installé devant la prison de Fresnes qui l’empêche de déborder. 
 
Le général Leclerc interpelle Dronne : « Filez droit sur Paris ! Passez où vous voudrez. Il faut y entrer. Vous leur direz que la Division toute entière sera demain dans la capitale. » Le capitaine a à sa disposition les 2ème et 3ème sections de la Nueve ; il réquisitionne une section de Shermans du 501ème RCC et une section du 13ème Bataillon de Génie et donne ses ordres. « Droit sur Paris en évitant les résistances ! Vite ! Vite ! » L’équipage du Guadalajara reçoit à cet instant la mission de toute une vie.
Derrière le motocycliste qui le guide le half-track se faufile dans les rues de la banlieue parisienne. L’Hay-les-Roses, Cachan, Arcueil, Kremlin-Bicêtre. 20h45, porte d’Italie. Dronne prend la tête du détachement. Des cris fusent. « Les Boches ! » La foule s’éparpille dans les rues adjacentes. Puis « Ce sont des Américains ! ». Elle revient, submerge la place les hommes et les véhicules. Enfin « Les Français ! ». C’est alors le délire. La colonne emprunte les rues de la Vistule, Baudricourt, Nationale, le boulevard de l’Hôpital, le pont d’Austerlitz et les quais jusqu’à la place de l’Hôtel de Ville qu’elle atteint à 21h22. Les véhicules se placent en hérisson, le Guadalajara rue de Rivoli. Des centaines de civils accourent. Une Marseillaise est entonnée. Toutes les églises parisiennes font sonner leurs cloches à la volée. La consigne a été passée par la radio. Paris n’est pas libre mais c’est pour demain. Dronne le confirme aux autorités du Conseil national de la Résistance réunies dans les salons de la Mairie puis à l’état-major militaire de l’insurrection qui se tient, lui, à la Préfecture de police. 

 

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