HISTOIRE DE LA RÉSISTANCE FRANCAISE

 

Cette lutte a consisté en des actions de renseignement, de sabotage ou des opérations militaires contre les troupes d'occupation (essentiellement allemandes) et aussi les forces du régime de Vichy. Mais elle englobe aussi des aspects plus civils et non-violents comme l'existence d'une vaste presse clandestine, la diffusion de tracts, la production de faux papiers, l'organisation de grèves et de manifestations, la mise sur pied de multiples filières pour sauver les prisonniers de guerre évadés, les réfractaires au STO et les Juifs persécutés.

La Résistance a pu se manifester en ville comme à la campagne, surtout après la naissance des maquis au printemps 1943. L'armée des ombres a rassemblé des hommes et des femmes de tous horizons, exposés tous à une forte répression de la part du RSHA (dont fait partie la Gestapo), de l’Abwehr, de la Wehrmacht, ainsi que de la Milice française, ou encore de la police de l’État français[5].

Si la Résistance active et organisée n'a jamais rassemblé plus de 2 ou 3 % de la population française, elle n'aurait pu survivre ni se développer sans de multiples complicités populaires, en particulier à l'époque des maquis.

L'histoire de la Résistance intérieure, toute différente qu'elle soit de celle de laFrance libre, n'est pas dissociable de cette dernière. Le général de Gaulle, chef des Français libres, a ses agents en métropole occupée par le biais des réseaux duBCRA ou d'envoyés tels que Jean MoulinPierre Brossolette et Jacques Bingen. Ces derniers reçoivent la charge d'unifier la Résistance intérieure, sous l'égide de Londres puis d'Alger. La création du Conseil national de la Résistance par Jean Moulin, le 27 mai 1943, puis celle des Forces françaises de l'intérieur (FFI) parJacques Bingen, le 1er février 1944, marquent les jalons essentiels d'un processus d'unification parfois difficile, mais sans équivalent dans le reste de l'Europe occupée.

Des formes de résistance ont également existé en Afrique française du Nord et dans le reste de l'Empire colonial français, ainsi que dans les trois départements annexés.

 

VIDEO: http://youtu.be/zUMvmaUZSrs ( Documentaire sur la résistance )

 

FRANCE LIBRE ET RÉSISTANCE INTÉRIEURE

Le 18 juin 1940, le général de Gaulle a appelé à la radio les Français qui avaient une quelconque compétence militaire à venir le rejoindre à Londres. Ceux qui ont répondu à son appel sont normalement classés comme membres de la « France libre » ou résistants de l'extérieur.

La résistance de l'intérieur concerne les hommes et les femmes qui, en France, soit en zone occupée, dite zone Nord, soit en zone Sud, non occupée jusqu'ennovembre 1942, se sont organisés pour perpétrer des actions contre les forces de l'Allemagne nazie, donc contraires à la légalité de l'occupant ou du gouvernement de Vichy.

À l'origine, en 1940, la France libre crée en métropole des réseaux de renseignement, et les premiers contacts avec les mouvements de résistance intérieure sont établis fin 1941. L'unification des deux résistances sous l'égide du général de Gaulle, est opérée notamment par Jean Moulin en 1942-1943. C'est pour symboliser cette résistance commune de la « France captive » et de la « France libre » que cette dernière est renommée France combattante en juillet 1942.

Un résistant FFI à Chateaudin 1944

 

LE POINT DE VUE MILITAIRE

L'historien peut vouloir estimer les différentes manifestations de la Résistance sous un angle strictement militaire. On se réfère souvent à l'appréciation d'Eisenhowerqui évalue à l'équivalent de quinze divisions l'apport de la Résistance aux forces alliées[8]. Un auteur comme Philippe Masson[9] donne une estimation beaucoup plus basse, mais reste dans la même problématique : combien de divisions ? Dans une telle vision, les manifestations non directement militaires de la Résistance, par exemple, la production d'une presse clandestine, ne sont à prendre en compte que si elles sont de nature à drainer des forces vers une aide efficace aux forces alliées[10]. Par ailleurs, des actions comme le sauvetage des Juifs, qui font partiellement échec aux plans génocidaires nazis, n'entrent pas dans une logique militaire.

Mémoires des FFI à Paris

 

LE POINT DE VUE POLITIQUE

À l'inverse du point de vue militaire, l'historien peut avoir un point de vue strictement politique où les manifestations de Résistance sont considérées dans la mesure où elles changent la donne politique, notamment en donnant une légitimité à la France libre d'abord, et aux nouveaux pouvoirs qui émergent à la Libération.

La Résistance empêche ainsi toute vacance du pouvoir à la Libération, évite au pays toute guerre civile ou toute administration étrangère, restaure les libertés et constitue un remarquable vivier de renouvellement des élites politiques municipales et nationales. En 1946, les trois quarts des parlementaires sont d'anciens résistants. La Résistance est aussi à l'origine, par le programme du Conseil national de la Résistance[11]. (15 mars 1944), de la refondation du pacte social français, en engendrant les grandes réformes économiques et sociales de la Libération. Suivant ce point de vue, les actions militaires de la Résistance n'ont de la valeur que si elles ont une efficacité politique.

Mais nombre de réseaux voire de mouvements (telle l'ORA giraudiste) se refusent catégoriquement à « faire de la politique ». Inversement, beaucoup d'anciens résistants, bien au-delà des seuls rangs communistes, manifestent ultérieurement leur amertume de ne pas avoir pu changer la société et la vie politique aussi radicalement qu'ils le voulaient (Claude BourdetHenri Frenay).

En particulier, la Résistance a toujours été très divisée sur ce que doit être le sort des partis politiques après la guerre. Emmanuel d'Astier de la Vigerie (chef de Libération) et Henri Frenay (chef de Combat) ainsi que d'autres responsables de la résistance souhaitent que les mouvements remplacent les anciens partis disqualifiés, qu'un grand « parti de la Résistance » se forme et prenne en main la vie publique. Ils mettent en avant la faillite des partis en 1940 sinon sous la IIIeRépublique finissante, et l'inexistence de la plupart d'entre eux en tant que tels dans la Résistance. Jean Moulin a dû mener un long bras de fer contre Pierre Brossolette ou Henri Frenay pour faire admettre les partis au Conseil national de la Résistance (juin 1943) : les Alliés ne pourraient pas en effet comprendre leur absence. Cette réintégration des partis et l'échec rapide de la Résistance à engendrer ses propres formations politiques après la guerre sont l'objet jusqu’à nos jours de longues polémiques, surtout au vu des déceptions nombreuses engendrées par la IVe République, taxée souvent de « régime des partis ».

Mais le poids considérable des communistes, des socialistes et des démocrates-chrétiens dans la Résistance ne pourrait empêcher le PCF, la SFIO et le MRP de jouer de toute façon un rôle-clé dans la France libérée. De surcroît, un mouvement de résistance n'a rien d'un parti politique. Il recrute par cooptation au hasard de multiples rencontres secrètes indépendantes les unes des autres, il rassemble de façon hétéroclite des hommes de toutes convictions et de tous horizons et est dépourvu de fichiers d'adhérents ou de démocratie interne.

Enfin, peut-on changer la vie politique en quatre années seulement, aussi intenses soient-elles ? Le socialisme, le radicalisme, le communisme, etc. existent alors depuis des décennies et veulent dire quelque chose pour la nette majorité des Français. Les résistants ne sont que 2 ou 3 % de la population, et leurs formations ne signifient pas grand chose en tant que telles aux électeurs.

Léon Blum, de sa prison, souligne aussi que les partis sont indispensables à la démocratie, et que toute tentative de les disqualifier et de les remplacer renverrait dans les ornières de l'antiparlementarisme et des tentations autoritaristes, qui ont déjà tant fait de dégâts dans les années 1930 puis sous Vichy.

Aussi, si les résistants ont eu une efficacité politique indéniable et, pour beaucoup, un brillant destin public après-guerre, la Résistance en tant que telle échoue bel et bien à se prolonger sous une forme politique.

FFI et SAS devant l' hotel de ville de Lyon

 

RÉSEAUX DU BCRA

En octobre 1941, au sein de la France libre de De Gaulle, se crée le Bureau central de renseignement et d’action militaire BCRA, dirigé par le colonel Passy et spécialisé dans les missions de renseignement ou de sabotage. Les réseaux du BCRA, créés et dirigés à Londres, se situent donc à la frontière entre la Résistance extérieure et la Résistance intérieure.

La Confrérie Notre-Dame, l'un des plus célèbres de ces réseaux est créée par lecolonel Rémy en novembre 1940 lorsque les services secrets de la France libre ne s'appellent pas encore le BCRA. Honoré d'Estienne d'Orves, officier de marine qui avait constitué en zone occupée un réseau de vingt-six personnes, est arrêté en mai1941 et fusillé le 29 août 1941. Lors de son voyage à Londres, en avril 1942,Christian Pineau se voit confier la mission de créer un nouveau de réseau de renseignement, Phalanx. En 1943, le Bureau central obtient des Mouvements unis de la Résistance la fusion de leurs réseaux de renseignement. Est ainsi créé le réseau Gallia, rattaché au BCRA, et spécialisé dans le renseignement militaire.

SERVICES SECRETS BRITANNIQUES

Trois services secrets britanniques opèrent sur le territoire français : le Special Operations Executive (« direction des opérations spéciales »), créé en juillet 1940, est chargé de l'action ; le MI6 (l’Intelligence Service) est chargé du renseignement, sa mission permanente ; le MI9 est chargé des évasions.

Au sein du SOE, plusieurs sections contrôlent l'action en France (voir SOE en France), principalement la section F, la section RF et AMF.

  • La section F, qui agit sans coordination obligée avec la France libre, est confiée en novembre 1941 à Maurice Buckmaster (pour cette raison, les réseaux de la section F en France sont également appelés « réseaux Buckmaster »). Les parachutages en France commencent en mai 1941, mais ce n'est qu'à partir deseptembre 1942 qu'ils prennent de l'ampleur. Les agents parachutés recrutent de nombreux agents en France qui dépendent directement des Britanniques tout au long de la guerre. La section F a suscité la colère du général de Gaulle, qui a demandé, en vain, sa suppression. De Gaulle ne supportait pas qu'il y eût des réseaux agissant en France hors du contrôle de la France libre[19].
  • La section RF, créée plus tard, coopère avec le BCRA.
  • La section AMF, basée à Alger, après avoir brièvement collaboré avec les giraudistes, se met au service des gaullistes.

Selon l'historien britannique Michael R. D. Foot, le SOE a envoyé en France 1 800 agents, dont 1 750 hommes et cinquante femmes, pendant la durée du conflit. Un sur quatre est arrêté, proportion élevée, mais inférieure à celle rencontrée dans d'autres pays : un sur deux aux Pays-Bas, un sur trois en Belgique. Les agents du SOE ont armé 250 000 résistants français, et se sont livrés à d'efficaces opérations de sabotage. Le général Eisenhower a estimé que le travail du SOE équivalait au renfort de cinq ou six divisions[20].

Le MI6 (l’Intelligence Service) crée plusieurs réseaux en France et en soutient d’autres, notamment AllianceJade-Fitzroy et les officiers des Services de renseignement militaire de Vichy ayant choisi la Résistance. Par ailleurs, ce service collabore étroitement avec le BCRA. En particulier, Claude DanseyDeputy Chief of the Secret Service, initie le colonel Passy au renseignement et entretient de bonnes relations avec lui pendant toute la guerre. Le MI6 s’occupe exclusivement de renseignement, l’action étant le monopole du SOE[21].

Enfin, le MI9, service chargé de l’évasion des soldats alliés, aide des filières commeComète.

 

 

SERVICES SECRETS AMÉRICAINS

Créée en 1942, l'Office of Strategic Services déploie la plus grande partie de son activité en Europe et en Méditerranée, les services de renseignement militaire étant prépondérants dans la Campagnes du Pacifique, et le FBI se chargeant de l'Amérique latine. L'OSS a trois antennes : à Londres, à Genève et à Tanger. Si la première coopère avec le SOE, la politique de l'OSS diffère de celle des services britanniques : les Américains préfèrent aider les réseaux non gaullistes, notamment ceux qui sont animés ou inspirés par le général Henri Giraud. Dans le cadre de la mise en place de la mission secrète Pearl Harbour en novembre 1942 par les services spéciaux de la Défense Nationale établis à Alger, elle donne son aval sans intervenir dans l'organisation interne.

L'OSS propose au Mouvements unis de la Résistance le triple du financement accordé par la France libre et la mise en place de réseaux de passage entre France et Suisse, en échange de la primeur des renseignements recueillis. Pierre Bénouville, alors responsable des Relations extérieures des MUR, accepte d'effectuer la liaison entre l'antenne suisse de l'OSS et des MUR d'une part, les MUR de la France occupée d'autre part. Robert Frank y voit une tentative de dissocier les MUR de la France libre ; Robert Belot y voit plutôt la conséquence logique d'un financement insuffisant, suivi par un refus manifesté par les services britanniques d'y suppléer. Jean Moulin s'oppose vivement à cet accord, mais, après sa mort, il est finalement appliqué[22].

L'agence américaine rencontre moins de difficultés avec le Rassemblement national des prisonniers de guerre de François Mitterrand et Maurice Pinot, financé par l'OSS grâce à l'entremise de Pierre de Bénouville. Longtemps réservée à l'égard deCharles de Gaulle, l'OSS finit par noter dans ses rapports, à la mi-1944, qu'il est « considéré comme le seul dirigeant politique possible du moment».

Le SOE et l'OSS créent en 1944 les « Jedburgh », groupes de trois hommes (un Français, un Anglais et un Américain) parachutés en uniforme après le débarquement en Normandie, puis celui de Provence, pour aider les maquis.

 

 

UNIFICATION DE LA RESISTANCE

Au début de l'occupation, les réseaux et mouvements de résistance sont très isolés ; mais progressivement, la Résistance tend à s'unifier. Cependant, même si la construction de l'unité de la Résistance française peut être présentée dans un ensemble simple et linéaire, elle ne doit pas occulter certains aspects qui échappent à l'histoire de son unification :

Ainsi, les nombreux réseaux contrôlés par les Britanniques ou les Américains ne sont pas concernés par l'unification de la résistance tandis que ceux de la résistance communiste ne le sont que partiellement : le contact entre les envoyés de De Gaulleet les communistes ne s'établit qu'à la fin de 1942. De même, la libération de la Corse en septembre 1943, qui constitue un des plus grands faits d'armes de la Résistance, est surtout l'œuvre de FTP communistes qui ne sont pas encore intégrés à l'Armée secrète et de giraudistes, qui ne sont pas partie prenante dans l'unification politique de la Résistance.

 

ARRIVÉE DE JEAN MOUIN À LONDRES

L'histoire de l'unification de la Résistance est indissociable de celle de Jean Moulin. En 1941, une Résistance intérieure commence à se former, incarnée en zone sud par des mouvements créés autour d'Henri Frenay, d'Emmanuel d'Astier de La Vigerieou de François de Menthon, indépendamment des agents de la France libre. Pour affirmer sa légitimité, cette dernière a besoin d'être reconnue par la Résistance intérieure, qui elle-même a besoin du soutien matériel et financier de la France libre. C'est parce qu'il a compris que cette rencontre reste à faire que Jean Moulin va jouer un rôle déterminant dans le rapprochement des Résistances intérieure et extérieure.

Préfet d'Eure-et-Loir en 1939, Jean Moulin a fait partie du cabinet du ministre de l'air Pierre Cot. Il a ainsi tissé un solide réseau de relations dans les milieux antifascistes. Dès novembre 1940, il a l'idée de recenser avec son ancien collègueGaston Cusin un certain nombre de résistants potentiels, mais ce n'est qu'au cours de l'été 1941 qu'il a les contacts les plus décisifs, notamment avec Henri Frenaydirigeant du mouvement qui ne s'appelle pas encore Combat, mais Mouvement de Libération nationale. Il a également des contacts avec Liberté, de François de Menthon et Libération de Emmanuel d'Astier de La Vigerie. Dans le rapport qu'il rédige à l'intention de De Gaulle, il parle de ces trois mouvements en les regroupant sous l'acronyme LLL. C'est la fusion de Liberté et du Mouvement de Libération nationale qui donnera naissance au mouvement Combat. Jean Moulin arrive à Lisbonne le 12 septembre 1941, prend contact avec le SOE puis rejoint Londres où il rencontre de Gaulle le 25 octobre. Il parvient à se faire passer pour le représentant des trois Mouvements LLL aux noms desquels il demande une aide financière et logistique. Moulin fait également état de contacts avec le colonel Groussard, ancien cagoulard, ce qui donne à sa mission un caractère encore plus éclectique. Les contacts qu'il a eus avec les différents mouvements sont réels, mais les mandats dont il se prévaut le sont moins.

Organisation géographique de la résistance française

 

MISSION DE JEAN MOULIN

Le courant passe bien entre les deux hommes : Jean Moulin, homme de gauche, reconnaît un démocrate en Charles de Gaulle, homme de tradition. Et le général lui confie la mission de rallier et d'unir les mouvements de résistance, et de créer une Armée secrète unifiée, établissant ainsi une distinction entre forces militaires et organisations politiques.

Moulin est parachuté dans la nuit du 1er au 2 janvier 1942 avec des fonds (un million et demi de francs) pour les mouvements, et du matériel de transmission. Il agit avec doigté et fermeté auprès des différents chefs de mouvement pour obtenir leur allégeance à la France libre. Durant l'année 1942, Moulin, dont le pseudonyme est Rex avant de devenir Max se concentre sur la zone sud où un nouveau mouvement est apparu, Franc-Tireur dont le chef est Jean-Pierre Lévy. Le rapprochement entre les deux fortes personnalités que sont Frenay et d'Astier n'est pas aisé, et Moulin et Lévy doivent souvent jouer les modérateurs pour apaiser les conflits.

D'Astier, résolument antifasciste penche pour une action politique qui prendrait appui sur les couches populaires tandis que Frenay, surtout anti-allemand prône la primauté du militaire sur le politique. À partir de fin 1941, la relative clémence dont la police de Vichy a fait preuve à l'égard des mouvements clandestins non communistes prend fin et des militants des diverses organisations se font arrêter. D'Astier a beaucoup de mal à supporter que Frenay aille s'en expliquer avec le ministre de l'intérieur Pierre Pucheu.

Des services administratifs communs sont mis sur pied : en avril 1942, le Bureau d'information et de propagande, sorte d'agence de presse clandestine, et en juillet1942, le Comité général d'études chargé d'étudier les réformes politiques et économiques à mettre en œuvre à la Libération. La coordination des mouvements de la zone sud et la fusion de leurs moyens militaires buttent sur des rivalités internes qui obligent à organiser un voyage des quatre leaders à Londres. Frenay et d'Astier de la Vigerie se rendent à Londres en septembre 1942, mais Lévy et Moulin ne peuvent traverser la Manche. De Gaulle écoute les arguments de deux présents et tranche en faveur de Jean Moulin, puis parvient à faire accepter la création d'un Comité de coordination de la zone sud. Désormais, les deux principaux mouvements de résistance reconnaissent clairement l'autorité de la France libre, devenue France Combattante. Ils se sont mis d'accord pour constituer l'Armée secrète. La responsabilité en est confiée au général Delestraint. Jean Moulin est informé de ces décisions par une lettre dactylographiée du Général datée du 22 octobre1942[45]. La première du comité aura lieu à Lyon le 27 novembre 1942.

Jean Moulin

 

 

ROLES DE LA RESISTANCE DANS LA LIBERATION DU TERRITOIRE

Une motivation principale des deux formes de résistances, extérieure et intérieure, était que les Français soient présents aux côtés des alliés lors de la victoire finale espérée. La question vient alors d'elle même : Quel a été le rôle de la Résistance dans la libération du territoire ? Il est difficile de donner une réponse tranchée à cette question qui appelle des éléments de réponse : En septembre 1943, les résistants corses déclenchent une insurrection qui libère l'île avec l'aide de commandos venus d'Afrique du Nord. Le débarquement allié du 8 novembre 1942 en Afrique du Nord avait permis aux Services Spéciaux français établis à Alger d'envoyer la mission secrète Pearl Harbour dès le 14 décembre 1942, mission commandos pour coordonner les réseaux de résistance en vue d'un débarquement rapide. La Corse est le 1er département français libéré le 4 octobre 1943. À partir de juin 1944, FFI et FTP, théoriquement unifiés sous le commandement du général Kœnig s'efforcent de participer activement à la libération des autres départements français. À la suite du débarquement en Normandie, en juin 1944. Les maquis et les différents réseaux de sabotage interviennent, soit en engageant le combat afin de fixer les forces ennemies, soit en désorganisant les réseaux de communications ferroviaires utilisés par les Allemands : plan vert pour les voies ferrées, plan violetpour les lignes téléphoniques et plan bleu pour les installations électriques. Le plan Paul, vise, lui, à détruire les dépôts allemands de munitions et de carburants, à harceler les renforts allemands et à préparer l'arrivée des troupes alliées.

Le déclenchement de l'insurrection parisienne qui s'est achevé par la Libération de Paris le 25 août 1944 avec l'appui de la 2e division blindée du général Leclerc est un des moments glorieux les plus célèbres de la Résistance française, mais il est très difficile de faire la part de ce qui ressort de la manifestation populaire, de l'opération psychologique d'une part et de l'efficacité militaire d'autre part. Moins discutable est la libération de la plus grande partie du sud-ouest et du centre de la France, et, dans le sud-est, l'aide apportée à la progression de la 1re Armée française du général de Lattre de Tassigny débarquée en Provence en août 1944.

On se réfère souvent au commentaire du général Eisenhower dans son « Rapport sur les opérations en Europe des forces expéditionnaires » :

« Notre QG estimait que par moment, la valeur de l'aide apportée par les FFI à la campagne représentait l'équivalent en hommes de 15 divisions d'infanterie et grâce à leur assistance, la rapidité de notre avance en France en fut grandement facilitée. »

Une division d'infanterie (DI) représente à peu près 10 000 hommes. La conversion des forces de la Résistance en DI a ses limites. Comment convertir les renseignements fournis aux alliés ? Et l'intoxication des Allemands que l'Intelligence Service tenta en manipulant le réseau Prosper du SOE ? On n'aura jamais de réponse certaine à la question : « Est-ce que l'apport de la Résistance fut décisif pour que la tête de pont établie en Normandie ne soit pas rejetée à la mer ? »

Résistants de Boulogne sur Mer

 

LES RESISTANTS ET LA VIOLENCE

La majorité des résistants n'a pas manifesté de goût prononcé pour la violence ni même pour la lutte armée.

C'est ce qu'ont montré notamment Olivier Wieviorka dans sa thèse sur Défense de la France puis dans ses travaux ultérieurs, ou encore Jacques Sémelin, spécialiste de la résistance civile. Suivant ces auteurs, la France s'est déshabituée de la violence politique physique depuis la répression de la Commune de Paris en 1871. L'acculturation républicaine et démocratique ne rend pas évident le recours à la lutte armée, dont même le monde ouvrier n'a plus l'expérience depuis la fin du XIXesiècle.

Le PCF recourt aux attentats individuels dès 1941. Les jeunes communistes à qui l'on confie ces missions ont des scrupules à tuer des Allemands[50]. Par exemple, Tony Bloncourt, qui renonce à exécuter un Allemand alors qu'il pourrait le faire sans risques : « À cette minute, à ce moment précis, je n’ai plus vu un officier allemand, je n’ai vu qu’un homme. »[51] À la même époque, le service d'ordre du parti l'OS, devenu groupe Valmy liquide les traîtres comme Marcel Gitton. Pendant laLibération de Paris, en août 1944Henri Rol-Tanguy reprend le slogan « À chacun son Boche » !. Devant la radicalisation des combats et la répression de plus en plus brutale, de nombreux résistants de tous bords durcissent aussi leurs discours et leurs pratiques. Philippe Viannay publie ainsi début 1944 un article retentissant dans Défense de la France sur « le devoir de tuer ». Des collaborateurs ont été précocement abattus, des miliciens ont ponctuellement été torturés à mort par des maquisards, des FFI ont pris part à la tonte de femmes à la Libération, selon l'étude de Fabrice Virgili sur cette question.

Cependant, la plupart des résistants ne recourent pas volontiers à la violence. Pour les résistants chrétiens, le recours à cette dernière peut poser des cas de conscience: le jeune protestant Jacques Monod, qui part au maquis où il va trouver la mort, demande aux siens de prier pour lui parce que « la violence a besoin d'être pardonnée ». Le philosophe Jean Cavaillès, qui veut militariser l'action résistante àLibération-Nord et mettre l'accent sur le renseignement, le sabotage et la lutte armée plus que sur la propagande politique, ne reçoit guère de soutiens au sein de la direction du mouvement, et démissionne pour aller fonder le réseau Cohors-Asturies[52].

Anecdotes nombreuses à l'appui - résistants relâchant des miliciens et des Allemands prisonniers sans leur faire le moindre mal, d'autres désavouant tel article clandestin ou propos jugés trop violents, refus du recours aux représailles contre les familles des collaborateurs, etc., Olivier Wieviorka conclut que globalement, malgré des exceptions notables, « la violence n'est pas une valeur de la Résistance ». Il va de soi qu'on ne peut en dire autant pour ses adversaires nazis ou miliciens.

Le réseau Morhange de Marcel Taillandier, groupe d'action directe et de contre-espionnage était chargé de nettoyer les traitres, collaborateurs et nazis qui détruisaient les réseaux de résistance du sud-ouest de la France. Ils ont éliminés des dizaines de personnes hostiles à la France libre et la résistance. Mais une enquête était effectuée avant chaque liquidation, souvent des aveux étaient demandés sous la forme d'un procès, avec témoins. La torture n'a jamais été employée et les liquidations étaient toujours regrettées, bien qu'indispensable pour gagner la guerre.

 

 

 

LE BILAN

Au printemps 1945, lorsque le territoire français est complètement libéré avec la réduction des dernières poches tenues par les Allemands, on peut esquisser un bilan des pertes : 8 000[53] à 20 000 FFI ou FTP[réf. nécessaire] tués au combat, 25 000[53] à 30 000 fusillés[réf. nécessaire] , plus de 60 000 déportés[réf. nécessaire] dans les camps, dont 27 000[53] ne reviendront pas.

Quelle que soit l'appréciation que l'on peut porter sur son efficacité militaire, l'action de la Résistance a bien servi la France sur le plan politique. Ainsi, la déclaration par les maquisards de la République libre du Vercors dès juin-juillet 1944, malgré sa répression ultérieure par les forces allemandes, signalait-elle la volonté partagée de ces résistants de s'engager sur la voie de la démocratie. Cela niait ainsi les préjugés initiaux de Roosevelt et d'autres dirigeants alliés selon lesquels la France libérée ne serait pas un état fiable et démocratique, établissant un précédent utile avant laconférence de Yalta. Après la Libération, les résistants, en s'engageant dans la nouvelle armée française reconstituée combattant aux côtés des Alliés, ont permis d'associer la France à la victoire de 1945 sur l'Allemagne nazie.

En réalisant une large union parmi les Français et en ne cédant pas aux tentations de guerre civile, la Résistance a occupé un rôle de premier plan dans le rétablissement de la République et dans le renouveau de la politique française. Beaucoup de résistants auraient peut-être aimé s'affranchir des partis traditionnels et le rétablissement, en 1946, d'un régime d'Assemblée (République), ne correspondait pas forcément à l'idéal de changement profond qui avait pu motiver leur engagement dans la Résistance. Les tentatives de créer un grand parti de la Résistance échouèrent. C'est donc dispersés qu'ils œuvrèrent pour la reconstruction administrative, politique, économique et sociale de la France.

L'héritage de la Résistance marquera durablement la vie politique française. Le programme du CNR se réalisera par le vote des femmes, la nationalisation des secteurs clés de l'économie et la création de la Sécurité sociale

 

 

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