Bernard Darglos, 2e Division d' infanterie américaine

Bernard Dargols devant sa jeep "La Bastille" en 1944. © Archives familiales Bernard Dargols
 
1938, Il a alors 18 ans. "L’Amérique, c’était un rêve qui me tombait sur la tête",  "J’étais épaté par la largeur des rues, la hauteur des gratte-ciels !".
Mais "l’american dream" est vite assombri par les effluves de la guerre. À des milliers de kilomètres de ses proches, le Français assiste, impuissant, à la défaite française et s’inquiète de plus en plus pour sa famille d’origine juive : "À l’époque, le seul moyen de voir des images d’actualité, c’était d’aller au cinéma. Et qu’est-ce que je vois à l’écran ? Pétain en train de serrer la main à Hitler à Montoire et qui préconise une politique de collaboration avec l’Allemagne. Je me suis alors dit que jamais je ne combattrai avec l’armée de Pétain". 
Bien décidé à se battre pour libérer son pays, Bernard Dargols frappe dans un premier temps à la porte des Forces Françaises Libres du général de Gaulle, puis à celle du consulat britannique à New York. Alors que les mois passent dans l’angoisse, ces camarades de travail lui conseillent de s’engager avec l’armée américaine : "J’ai attendu très peu de temps car le 7 décembre 1941, les Japonais ont attaqué l’Amérique, faisant des milliers de victimes. La guerre a alors été déclarée. J’ai été au bureau d’inscription locale et on m’a dit qu’on allait m’appeler. Au bout d’un an, ce fut effectivement le cas". L'enfant de la place des Vosges intègre alors un camp d’entraînement de l’US Army à Fort-Dix dans le New Jersey puis à Croft en Caroline du Sud. Pendant plusieurs mois, il apprend le B.A.-BA de la vie militaire : "Apprendre à marcher en rang, faire des demi-tours ou encore mettre l’uniforme".
Bernard Dargols à Omaha Beach. ( photo 20minutes.fr)

Omaha Beach

Le 5 juin, l’attente se termine enfin. Bernard Dargols prend place dans un Liberty ship (bateau de la liberté) au milieu de centaines de soldats de la 2e division d’infanterie américaine. Au bout de trois jours, l’armada arrive enfin en vue des côtes françaises. Presque six ans après l'avoir quittée, il s’apprête à fouler de nouveau sa terre natale à Omaha Beach. "À cent mètres de la plage, alors que la mer était mauvaise, on nous a fait descendre par une échelle de corde dans une barge de débarquement", se souvient l’ancien GI avec toujours la même intensité. "Nous avons débarqué au milieu d’un bombardement que je n’oublierai jamais. Il provenait des navires de guerre alliés, surtout américains, qui tiraient au-dessus de nos têtes. Ils faisaient des victimes parmi la population française, détruisaient des immeubles, mais tout cela dans le but de nous permettre de débarquer plus facilement en France".
Rue Bernard Dargols, Omaha Beach. Le Ruquet

Bernard Dargols en France

Le Parisien déraciné est alors submergé par l’émotion : "J’étais quand même parti comme un jeune homme de 18 ans et là je revenais à 24 ans avec une mitraillette et un pistolet. (...) J’entendais aussi des villageois parler français, cela me faisait tout drôle". Mais le GI surentraîné, membre du Military Intelligence Service, n'a pas le temps de s'émouvoir. Son colonel lui ordonne immédiatement d’obtenir des renseignements dans la ville voisine de Formigny. "Cela a été ma plus grande trouille ! Il m’a dit ‘Bernard, on t’attendait. Maintenant, c’est à toi de jouer !", raconte-t-il. "Je lui ai demandé si les Allemands étaient partis. Il m’a répondu que ce n’était pas sûr !  Avec mon copain policier militaire, on est entré prudemment dans la ville, mais petit à petit ce sont des villageois, des enfants qui se sont approchés de nous"

 

 
De village en village, en Normandie, en Bretagne, puis dans les Ardennes, le soldat collecte des informations sur la position des troupes allemandes, sur la localisation des dépôts de carburants ou encore sur l’emplacement d’éventuelles mines. Un travail crucial pour permettre l’avancée des forces alliées. Ce n'est qu'en septembre 1944 qu'il rejoint Paris. Si ses deux frères et son père ont pu partir pour les États-Unis, il a peu de nouvelles de sa mère. Le coeur battant, il retourne dans le quartier de son enfance, place des Vosges. Sa mère l'attend. "Cela a été l’un des moments les plus émouvants, pour elle comme pour moi", se remémore-t-il pudiquement. L’expatrié découvre alors l’ampleur du drame qui a touché sa communauté et la peur quotidienne de ces longues années : "Ils ont arrêté mes grands-parents, mes oncles… J’ai le numéro de leurs convois, mais ce n’est pas ça qui va les ramener".
 
Jusqu'en janvier 1946, le GI Dargols poursuit son travail au sein du service de contre-espionnage de l’armée américaine (le Counter Intelligence Corps) avant d’être finalement démobilisé. Pendant des années, il garde pour lui cet incroyable parcours militaire. Sa femme, une jeune compatriote rencontrée à New York au sein de l’Association Jeunesse Française Libre, n’en revient toujours pas de ce silence. "On allait très souvent chez des cousins près de Caen et jamais il ne m’a dit que c’était là qu’il avait débarqué. Je savais certaines choses mais pas énormément. Les enfants aussi ignoraient ce que leur père avait fait", souligne Françoise Dargols en le regardant avec affection.
 
 
 
 
 
 
 
 

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