Un commandant canadien sauva ses ennemis de la mort

01/01/2015 15:54

Le 27 décembre 1944, il y a 70 ans, un navire de guerre canadien accompagne des bateaux marchands dans l'Atlantique Nord. Le HMCS St. Thomas détecte alors un sous-marin allemand. Un événement qui passera à l'histoire.

Le HMCS St. Thomas en mer. Photo : Musée naval de Québec
Fin 1944, le commandant Déry est à bord de la corvette St Thomas, chargée d'apporter du ravitaillement aux forces alliées stationnées en Angleterre. Le 27 décembre, en plein milieu de l'Atlantique nord, il repère un sous-marin ennemi. L'U-Boat 877 est torpillé sur-le-champ. Les marins nazis, remontés difficilement à la surface, nagent tant bien que mal avec leurs gilets de sauvetage dans l'eau glacée de l'Atlantique. 
Stanislas Déry fait alors un geste inattendu. Il ordonne à ses hommes d'arrêter de tirer sur les naufragés en perdition. À la surprise générale, il fait lancer des filets à la mer pour pouvoir les sortir du tumulte des eaux. 
L'équipage malheureux de l'U-Boat 877 effectuera le reste de la traversée avec celui du St Thomas. C'est une occasion pour le commandant Déry de fraterniser avec son homologue allemand, Peter Heisig, mais aussi de réfléchir à l'absurdité du conflit qui les oppose. Les soldats canadiens sont particulièrement surpris de voir que les Boches ne sont, en fin de compte, que «des p'tits gars comme eux autres».  
Une fois la guerre terminée, les deux commandants se rendront visite régulièrement, de part et d'autre de l'Atlantique. «M. Heisig voue une reconnaissance sans bornes à M. Déry»
Stanislas Déry, commandant en second du HMCS St.Thomas, en compagnie de Peter Heisig, commandant en second du sous-marin U-877, en 1944.
Stanislas Déry, commandant en second du HMCS St.Thomas, en compagnie de Peter Heisig, commandant en second du sous-marin U-877, en 1944.

« Soudain, dans le clapotis des vagues et des remous, on a vu des têtes d’homme émerger comme des bouchons de liège sur la mer noire et glacée du Groenland. Ils étaient tout près de nous et pataugeaient désespérément. On les entendait crier. On sentait leur détresse. Ce sont des moments qu’on n’oublie pas. Devant l’imminence de la mort, on ne voit plus l’ennemi. On ne pense plus qu’à l’homme qui est là, devant nous, qui désespère et dont on a providentiellement le sort entre ses mains. À ce moment précis, la fureur de la guerre devait donc, le plus naturellement du monde, faire place à la compassion. Oubliant la guerre, nous avons tenté aussitôt de rescaper le plus de survivants possible... »

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