Récit de Franck Woolner combat contre les ss à Falaise

22/09/2014 14:23
Le matin dont je me souviens, [du côté de] Falaise, une patrouille de combat SS est venue et a capturé six de nos hommes. Juste avant le lever du jour, après une nuit passée à circuler machinalement avec les chars éclairés dans notre camp, j’étais en train de discuter a propos de la situation avec un jeune officier nommé Jack Wissing.
la third armored division prés de Falaise
 
Apparemment, juste après l’avoir quitté pour prendre un repos bien mérité dans un fossé, la patrouille SS est arrivée. Je n’ai pas su pourquoi ils ont réussi, mais les "boches" [Krauts] déclaraient toujours dans leurs rapports que les américains avaient tendance à somnoler à l’aube. Wissing n’était pas fatigué, il était bien réveillé quand j’ai quitté les lieux. Mais bon, OK, nous en gagnons, nous en perdons.
 
Mais ces "bâtards" de chemises noires ont pris notre second lieutenant [shavetail] ainsi que 5 autres soldats derrière la haie voisine ; et ils les ont tous tués à l’exception d’un seul. Le seul survivant a été assez rapide pour courir et s’échapper. Il nous a tout raconté et l’évidence était sous nos yeux.
Je n’ai pas vraiment de problème avec le simple soldat allemand, il faisait juste son boulot comme nous le faisions ; mais encore maintenant j’aimerais bien trouver ces criminels SS et leur coller une bonne dose de plomb chaud. Tous ces types morts sans que cela soit nécessaire étaient mes amis. Le second lieutenant était l’officier de notre compagnie de reconnaissance et, parce que tout le monde était à court de main d’œuvre, hormis un sergent, j’ai été désigné pour prendre sa place en tant qu’officier de reconnaissance suppléant.
Voici ce que j’ai fait, et personne ne s’en est plaint. Il se trouve que je connaissais les cartes et l’orientation, et il se trouve aussi que j’étais suffisamment stupide pour ne pas avoir peur quand j’aurais dû être complètement effrayé. Nous les vieux soldats, savons comment c’était, nous obéissons aux ordres et nous tirons au flan tout pendant que cela semble faisable. Je n’en tiens pas rigueur à mon premier commandant de char ou au Lieutenant Colonel Barr ; ils savaient tout de moi ; ils savaient quand je méritais un petit compliment ou un coup de pied au derrière.
Ce qui s’est passé à Fromentel nous a tous conduit à un comportement atroce. Nous ne le souhaitions pas, mais comment réagir autrement envers des animaux qui ne respectent aucune loi ? L’homme qui a tué Rose (le commandant de la Division) a sans doute pensé que le Général cherchait son arme. Les bâtards qui ont tué mes amis savaient qu’ils étaient désarmés et sans défense.
Les gars de la Spearhead [le surnom de la Third Armored Division] ont pu se poser des questions, mais nous n’étions plus vraiment gentils avec les SS après ça. La Division n’a pas fait de mal aux prisonniers de la Wehrmacht, de la Luftwaffe, aux parachutistes ou à ceux de la marine ; nous les avons bien traité, nous avons échangé des boissons et eu de longues discussions avec eux. Rien de tel avec les SS.
 
Je souhaite que ces types meurent ; ce n’étaient pas des combattants corrects mais des meurtriers ; et je n’excuserai jamais cela. La guerre elle-même est une forme de meurtre et si nous autres humains n'apprenons jamais à réfléchir ensemble, alors cette ancienne calamité pourrait devenir une histoire de l’âge de pierre.
Soldats allemands transportant leurs morts prés de Falaise
 
Les alliés étaient des soldats décents, comme l’étaient la plupart des soldats allemands qui nous étaient opposés ; nous étions tous tenaces et nous détestions blesser des innocents. Si j’ai eu à tuer, j’irai en enfer avec du sang sur mes mains, mais je n’ai jamais tordu le cou à un prisonnier sans défenses. Quelques-uns de mes collègues l’ont fait et j’ai fermé les yeux et mes oreilles comme si je n’étais pas concerné. Les victimes étaient toujours des SS. Nous avons commis des atrocités aussi, ou appelons cela justice expéditive à l’encontre de sous-hommes crétins connus pour avoir massacré sans raison.
 
Par Franck Woolner
Journaliste, Etat-Major de la Third Armored Division
Ecrit en 1990 . Fighting Fair and the SS, by Franck Woolner

 

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