OMAHA BEACH: H.Baumgarten Blessé cinq fois

31/05/2014 18:58

 Le GI HAROLD BAUMGARTEN BLESSÉ CINQ FOIS À OMAHA BEACH


Harold Baumgarten , survivant d' Omaha Beach
Appartenant à la compagnie B/116 de la 29ème division, il a débarqué à Omaha Beach vers 7h du matin le 6 juin 44, après la compagnie A/116, juste devant la descente de Vierville, au milieu des obstacles minés.
Immédiatement pris pour cible par les mitrailleuses, alors qu’il pataugeait encore dans l’eau, il a vu mourir à ses côtés la plupart de ses compagnons de bateau. Dans son voisinage immédiat, 2 chars tiraient sur les blockhaus allemands.
C’est alors qu’il a reçu une première balle qui a été amortie par le chargeur de son fusil et ne l’a pas blessé. Il a tiré un premier coup de fusil vers les tranchées allemandes, mais son fusil endommagé s’est tout de suite cassé en deux. 
La marée montait rapidement (25 cm toutes les 10 minutes) et un éclat d’obus l’a frappé comme un coup de bâton, sous l’œil gauche, lui arrachant la joue, les gencives et des dents. L’eau froide de la mer a lavé sa blessure et il a alors rampé vers la digue, se cachant à moitié dans la mer montante.
Le choc l’avait mis en fureur mais il pensait aussi qu’il allait mourir bientôt. Il avait eu du mal à se débarrasser de sa brassière de sauvetage, il n’avait plus d’équipement sauf son kit de secours accroché à sa jambe.
Arrivé sous la digue, il a remarqué sa forme encore actuelle : verticale puis inclinée, elle était surmontée de barbelés, mais protégeait mal des tirs latéraux venant de sa droite. 
Le soldat Surro de la A/116, appuyé contre le mur, l’a regardé avec horreur et il est parti vers la droite pour lui chercher des secours. Mais Baumgarten s’est vite aperçu qu’il ne fallait pas rester là, il a ramassé le fusil d’un mort et il a suivi  Surro qui a été tué d’une balle traversant son casque. Il s’est retrouvé plus à droite dans un  coin un peu abrité sous les blockhaus principaux de Vierville. Derrière lui, partout des morts et des blessés sur la plage, poussés par la marée, vision sinistre pour un jeune soldat.
Plus tard, peut-être vers 9 ou 10 heures, toujours abrité derrière la digue, il a vu venir vers lui, venant de la gauche, le Sergent Cecil Breeden, un des 3 infirmiers de la Compagnie A/116, réconfortant les mourants et soignant tous les blessés qu’il rencontrait  le long de la digue. Il s’en souvient : « un ange de bonté », qui l’a soigné, lui a donné de la morphine, sans se soucier des obus de mortiers qui éclataient dans le voisinage. Cecil lui a dit : « Tu es blessé maintenant. Quand je serai blessé, tu pourras m'aider ». Cecil est reparti, il ne l’a plus revu, mais il s’en souviendra toute sa vie. Un peu plus tard, pendant qu’il tirait à l’abri du mur un soldat blessé, un obus lui a envoyé 3 éclats à travers son casque, nouvelle blessure.
« Devant le mur, il y avait à peu près quatre rangées de blessés et de morts, soit une quarantaine de soldats. Il y avait six ou huit infirmiers pour s'en occuper. Ils avaient des croix rouges sur leurs casques. L'un d'eux me conseilla de rejoindre le secteur de Saint Laurent sur Mer pour être évacué par bateau. Je me suis dit "Pourquoi ne pas abandonner le combat" et puis je me suis dit que je ne devais pas arrêter. Cependant, sentant que la mort était proche, j'ai prié, ».
Il est resté, la tête lui tournait à cause de la morphine.
 
En milieu de journée, il a vu le Général Cota sur la digue, revenant à pied de Vierville par la route, accompagné de quelques gardes et de 2 ou 3 officiers. Le Général a incité les survivants à sortir de la plage et a pris des dispositions pour que le Génie fasse sauter le mur antichar. Baumgarten ne pouvait pas parler « mais quelques gars appelèrent le Général pour qu'il vienne. C'était rassurant pour nous de voir cet homme courageux sur la plage, méprisant les snipers »
Baumgarten s’est joint à un groupe de soldats de la 29ème , dont la moitié étaient blessés, mais valides. Ils ont alors quitté la plage, en grimpant le long de la falaise, cotoyant des tranchées allemandes avec des soldats morts, en se dirigeant vers l’Ouest, l’objectif de leur unité. Ils sont passés à travers champ vers les maisons de la route de Grandcamp. Baumgarten se sentait remarquablement fort, malgré sa double blessure, et excité par l’action et la morphine, il ne ressentait aucune douleur. Un jet de grenade (les américains y étaient très entraînés par leur pratique du baseball) a éliminé un groupe d’allemands et ils n’ont pas fait de prisonniers, mais ils n’étaient plus que 7 à continuer, tous blessés « ambulatoires ».
 
Ils ont finalement atteint la route de Vierville à Grandcamp, l’ont traversée et c’est là que Baumgarten a reçu une 3ème blessure, une balle lui a traversé le pied gauche. Il a saupoudré de sulfamides la blessure, s’est rechaussé et a continué en boitant sous des tirs d’obus. Il se faisait tard dans l’après-midi, ils ne voyaient personne et sont restés un long moment, tous les sept, à se reposer. La nuit est tombée, la pleine lune s’est levée, brillante. Des obus tombant de nouveau, ils ont fait le mauvais choix de traverser la route. Un rafale de mitrailleuse les a surpris et tous balayés. Ils sont tous tombés les uns sur les autres dans un fossé, les blessés hurlant ou gémissant. Cela n’a pas duré longtemps, ses camarades sont  morts et lui était blessé une 4ème fois à la lèvre gauche , perdant encore des dents et de la gencive
Il s’attendait à voir arriver les allemands pour  en finir, mais personne n’est venu. Il a perdu connaissance, et a eu des hallucinations.
Peut-être vers 3 heures  du matin, il s’est senti mourir, il avait froid, ne sentait rien (il s’était fait encore des piqûres de morphine sous la peau de sa main gauche). Il buvait l'eau des gourdes dont les propriétaires n'avaient plus usage . Et puis, miracle, une ambulance américaine est passée. Ne pouvant parler, il a tiré une rafale de Thompson Gun. La voiture s’est arrêtée, et les infirmiers l’ont assis sur le plancher et il s’est assoupi en les entendant dire « ce gars là vient de mourir ».
Il s’est retrouvé sur la plage à St-Laurent, allongé sur un brancard, soigné sommairement.  Vers 11heures, des snipers ont blessé un des infirmier et il a reçu sa 5ème blessure, au genou. Son tour n’était pas venu. A 15 heures il a été embarqué sur un grand bateau, le jour le plus long de 32 heures était fini pour lui.
 Après la guerre Harold Baumgarten a repris ses études et il est devenu médecin.

Documentaire de son histoire " Survivre au jour J ". ( voir section vidéo sur libertyship.be )

 

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