La libération de Saint Germain En Laye

20/08/2014 13:49

La ville prend des allures de camp retranché. Des chevaux de frise sont installés. Les rues sont coupées par des fossés profonds avec des rails placés debout et scellés dans du ciment. Des blockhaus sont édifiés, les uns simples abris contre les bombardements, les autres munis d'armes anti-chars. Ils sont disposés de telle façon qu'ils interdisent l'accès au poste de commandement de l'Ob West. Les alertes aériennes sont de plus en plus fréquentes. " Les populations locales, fortement émues par la recrudescence des bombardements aériens, ne cachent plus leur indignation devant les attaques réitérées de localités paisibles où, pour quelques objectifs d'ordre secondaire, l'aviation alliée n'hésite pas à arroser littéralement des quartiers d'habitation. La population de Saint germain appréhendent un éventuel bombardement sur les quelques viaducs, ponts, casernes, état-majors situés sur son territoire. Les fréquentes alertes par sirènes, de trois à cinq en moyenne par jour, durant lesquelles le survol de nombreuses escadrilles de bombardiers s'effectue, causent de sérieuses répercussions sur les nerfs du public "..." Maintenant qu'elle connaît de visu les terribles dévastations de ces raids meurtriers, la population obéit mieux aux instructions de la défense passive. On gagne désormais rapidement les abris et les rues sont vivement désertées ". En outre, le ravitaillement est de plus en plus difficile. Les transporteurs ne veulent plus aller sur les routes, ils risquent d'être mitraillés par les avions perpétuellement en alerte.

Bunker du feldmarschall Gerd Von Rundstedt au chateau 

Le 17 août, de nombreux soldats et officiers de la Wehrmacht ont déjà évacué la ville. Des troupes SS arrivent et patrouillent dans les rues. L'officier supérieur se rend chez le maire. " La porte du bureau s'ouvre brusquement d'un coup de pied, puis passe un canon de mitraillette suivi par le porteur, un grand SS. Le général suit et, fermant la marche, un autre SS mitraillette en main. La visite est courte. L'avertissement est clair. La ville sera défendue. Si des terroristes font parler d'eux, des tanks iront dans la rue pour tirer au hasard et brûler les maisons ".Ordre allemand de réquisitions pour tous les hommes avec pelles et pioches est donné pour le lendemain 18 sur la place du château. Personne ne se présente sauf le maire qui doit, d'après ses dires, subir la menace d'être fusillé.

Dans la forêt, des chars Tigre et des SS patrouillent. A Chambourcy, des batteries d'artillerie lourde sont installées. A partir du 20 août, le départ des troupes allemandes s'accentue avec le déménagement rapide de divers services administratifs et de l'état major. C'est dans ce contexte de tensions et de déroute que le 20 août au matin, à la sortie de la messe, une bagarre naît près du château. Un officier de l'organisation Todt tire sur des requis aux travaux. La foule reçoit des balles. Une femme est tuée, deux autres sont blessées dont l'une grièvement. De nombreuses rumeurs circulent. Le bruit se répand que 10000 SS vont venir défendre la ville. L'anxiété augmente. La population envisage des combats de rue dans Saint Germain.

 

La nuit du 22 au 23 août est assez agitée autour de Saint Germain, avec des bombardements aériens et de tirs de mitrailleuses. Le 23 et le 24, d'importantes colonnes de chars allemands descendent du front et traversent la ville. Le 24, la tension augmente encore. " Les soldats, la plupart SS, sont de plus en plus menaçants. On ose à peine circuler dans certains quartiers ". Des bruits courent. Mantes est délivré. Les américains arrivent. Les derniers éléments de la Feldgendarmerie, de la Gestapo, de l'organisation Todt, quittent la ville. Dans la soirée, le viaduc Saint Léger sur la ligne de la Grande Ceinture est détruit par les allemands. Pendant toute la nuit, on entend des détonations proches ou éloignées. Dans la cour du lycée de jeunes filles, un camion saute et arrose de débris les maisons avoisinantes. Dans la direction de la forêt de Marly, on voit de grands rougeoiements suivis d'explosions. Le bruit du canon est beaucoup plus près vers l'Ouest.  A 4h du matin, le 25 août 1944, il semble que l'on entende plus le bruit des chars, des camions et des motos .

Le 25 au matin, la première affiche FFI est apposée. Elle appelle à la mobilisation générale. Des groupes arrachent les panneaux de signalisation allemande. Pour la première fois depuis quatre ans, le drapeau français flotte sur l'hôtel de ville. Les divers groupements de résistance apparaissent en plein jour: Ceux de la Résistance, Ceux de la Libération, Front National... Tous ont le brassard tricolore avec croix de Lorraine. Ils sont mal armés et représentent une force d'environ 500 personnes à Saint Germain. Le président du Comité de Libération, monsieur Barillot, professeur à Saint Germain, se présente avec son comité à la mairie et demande au maire Jean Seignette sa démission Une administration provisoire est mise en place. La première proclamation des résistants est un appel au maintien de l'ordre.
La première jeep américaine fait son apparition vers 19h, en quelque sorte pour reconnaître le terrain. La résistance s'organise. Des groupes FFI armés circulent dans les rues principales. A 20h30, une violente explosion ébranle Saint Germain. Les allemands ont fait sauter le pont du Pecq. La ville est isolée. Pendant quelques heures, elle est en suspens, aux avant-postes entre deux armées. Un bruit court alors. Les allemands reviennent. Le Comité de Libération rentre dans l'ombre. On parcourt les rues pour demander à la population de ramasser les drapeaux qui flottent un peu partout.
Le 27 août, les unités françaises de la 2è DB de Leclerc font leur entrée en ville. L'accueil est enthousiaste. La plaque au nom du maréchal Pétain est retirée place du Château. Le canon tonne encore dans les environs. Des hauteurs de Bures, les alliés bombardent les allemands retranchés vers Carrières-sous-Poissy et qui essaient par des actions de retardement de faciliter leur évacuation de la région parisienne.
 

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