L' espionne du S.O.E Noreen Riols

26/09/2014 21:26
En 1943 ,Noreen, alors âgée de 17 ans, poursuit ses études au lycée français de Londres quand il lui faut prendre la même décision que tous les jeunes de son âge, qui ne faisaient pas médecine : intégrer l'armée ou travailler dans une usine d'armement. Issue d'une famille de marins, la jeune fille choisit sans hésiter la carrière militaire. « J'adorais le chapeau de la Navy, je voulais le mien », s'amuse la vieille dame.
Cependant, le recruteur lui choisit une autre voie, en raison notamment de sa maîtrise des langues étrangères. « On m'a conduite au 64 Baker Street (NDLR : QG du Special Operation Excutive, les services secrets de Churchill), tout en me disant : Moins vous en saurez, mieux ce sera. » Et la voilà subitement agent Baxter, espionne au sein de la section F ,pour France . 
Noreen Riols (Baxter). Source: ( mirror.co.uk Rex)
 
Missionnée pour soutenir et organiser la résistance intérieure. « Officiellement, je travaillais pour un ministère », raconte Noreen. En réalité, elle officie à la BBC en transmettant les fameux messages personnels codés.
Cependant, elle participe aussi aux débriefings des agents à leur retour de mission. « Et la réalité de ce qu'ils vivaient est parfois plus incroyable que la fiction. » Elle est enfin chargée de vérifier leur faculté à garder le silence, même sous l'influence de l'alcool ou d'une jolie femme. « On savait que des vies dépendaient de nous. J'ai vu tellement d'agents partir pour ne jamais revenir. La durée de vie d'un radio (NDLR : porteur de l'appareil de transmission) était de six semaines... » Elle-même aurait souhaité être parachutée en territoire occupé pour mettre en pratique la formation au sabotage qu'elle avait reçue. Et faire comme son ami Bob Maloubier, l'agent secret aux multiples faits d'armes qui vit aujourd'hui à Houilles, à quelques kilomètres seulement de chez elle. « A cet âge, on se sent invincible », sourit-elle. Mais elle n'aura jamais l'occasion de prouver sa bravoure sur le terrain. En juin 1944, elle assiste au départ des navires vers les côtes normandes et fait passer le célèbre « Les carottes sont cuites » jusqu'à la BBC.
Puis tout s'enchaîne très vite. « Alors j'ai voulu poursuivre la guerre en Birmanie, mais la bombe atomique a été larguée juste avant mon départ. La guerre était finie. » Elle se rappelle de la démobilisation et comment les agents du SOE ont été traités par le gouvernement : « Sans aucune reconnaissance. Nous formions une armée officieuse. On était censés ne jamais avoir existé. » Elle continue alors de travailler à la BBC, mais le secret reste de mise. Et ce, durant de longues décennies.
 Noreen Riols raconte cet aspect méconnu de la guerre au travers des sollicitations médiatiques et des conférences. Et la reconnaissance arrive enfin. Presque soixante-dix ans après la fin du conflit, l'ancienne espionne, qui avait reçu la médaille des volontaires de la Libération il y a un an et demi, s'apprête désormais à être décorée de la Légion d'honneur. C'est Jacques son mari, qui tient à le souligner, Noreen étant trop modeste. « Les honneurs sont pour ceux qui y ont laissé leur vie », conclut l'ex-agent secret de Sa Majesté dans un sourire gêné.

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