Henri Ferrand fait exploser 50 wagons à lui seul

07/08/2014 19:14

Le dépôt construit dans la forêt proche du village de Taller rassemble de nombreuses pièces d'artillerie de marine, des canons allemands de différents calibres, des canons français et surtout "le 75" que toute l'Europe nous enviait, des fusils et de très grandes quantités de poudre.<

Pour la Wehrmacht, ce dépôt est d'une importance capitale. En Normandie, les armées alliées se heurtent à une Résistance acharnée des Allemands.

Le 9 juillet, un mois après le débarquement, elles sont encore devant Caen. L'état-major hitlérien réclame à corps et à cris les armements et munitions de Taller. La pression des alliés sur les résistants devient de plus en plus pressante. Différentes études sont faites sur les moyens de neutraliser les munitions entassées dans la forêt landaise.


Henri Ferrand

Henri Ferrand s'oppose au bombardement aérien qui entrainerait de nombreuses victimes dans la population. Il s'engage à empêcher les armes de quitter Laluque. Dans le même temps, au dépôt de Taller c'est la bousculade pour mettre en état les armements et les transporter en gare de Laluque.

Les Allemands ne disposent que de deux camions, ce qui retarde les opérations. Le train se constitue donc lentement, au centre de triage de la gare de Laluque pour rassembler finalement 67 wagons.
Le 27 juillet 1944, le départ du train est affiché en gare, pour le soir même. Il n'y a plus une minute à perdre. Henri Ferrand ne dispose que de deux pains de plastic qu'il transporte avec lui. Il réussit à surprendre la vigilance des soldats chargés de surveiller ce précieux trésor de guerre et qui, pour ce faire, patrouillent sans arrêt autour des rames de ce train de munitions. Henri Ferrand parvient à jeter son premier explosif à travers l'ouverture d'un wagon. Le deuxième pain de plastic, il le balance dans le septième wagon, lequel par chance, transporte de la poudre. Il quitte les lieux sans dommage.
Le lendemain, un soldat allemand se souviendra d'un homme au chapeau mou. Mais les recherches n'aboutiront pas.
D'autant qu'un avion allié a mitraillé le train dans l'après-midi, et la population interrogée par la Gestapo qui enquête, affirmera que l'explosion a été provoquée par l'aviation.

Gare de Laluque le 27 Juillet 1944

Les dégats sont considérables. La gare de Laluque ressemble à un champ de ruines. Les Allemands s'acharnent à sauver ce qui peut encore l'être.
Une nouvelle locomotive est envoyée sur place. Les résistants interviennent à nouveau et la font dérailler.
Désormais, c'en est fini des munitions de Taller pour les armées allemandes du front de Normandie.
Henri Ferrand est heureux.
Les munitions de l'occupant ont été détruites. Mais surtout, il est heureux car il redoutait d'avoir à déplorer des pertes en vies humaines parmi les familles du quartier de la gare, son quartier. L'explosion a provoqué un vacarme extraordinaire entendu à 50 km à la ronde; un affolement général s'en est suivi. Mais personne n'a été tué.
Le 30 juillet, radio Londres annonce la destruction du train de munitions de Laluque.
L'événement est en effet considérable car il aura pour conséquence d'asphyxier les troupes allemandes du verrou de Rennes.
Dans le cahier du général Patton et dans les mémoires de Churchill, le sabotage des armes et munitions de Laluque est mentionné.
 
Extrait du témoignage de Henri Ferrand auteur du sabotage  du 27 Juillet 1944


Mon histoire de train 
« Contrairement à ce qu'on a écrit, je n'étais pas déguisé en cheminot car j'avais bien l'intention de ne pas me faire voir du tout pendant le sabotage. 
Je surveillais le train puisque j'habitais là dans le coin et je savais qu'il se formait petit à petit. Je me suis procuré des explosifs et quand je suis arrivé à la gare, à six heures, j'ai vu écrit sur le panneau des départs : 
« Train de munitions pour Rennes, départ à 21 heures » 
J'avais bien les explosifs mais c'était six heures et le train partait à neuf heures. Je 
vous assure que j'étais bien embarrassé parce que rien n'était prévu pour essayer de stopper ce train plus loin. 
Alors je suis allé au WC de la gare de Laluque et j'ai préparé mes explosifs. Je me mets ensuite au milieu des voyageurs parce qu'il y avait un train qui venait de Bordeaux et un autre qui partait de Dax. Je regarde mon train de munitions qui était sur une voie de garage et je m'aperçois qu'il y avait une sentinelle qui, au bout du train faisait des allers-retours. Puis, à un moment donné, le type, au lieu de revenir en arrière à continuer à marcher. Je me suis dit : « C'est le moment ! » 
J'ai enjambé les deux ou trois voies. J'ai quitté les gens qui étaient là et, pendant que l'Allemand partait de ce côté du train, je suis passé de l'autre côté. Je voyais ses jambes par-dessous les wagons. Le premier wagon était fermé, le deuxième était ouvert alors je suis monté sur le marchepied et j'ai mis un explosif dans le wagon. Il me restait un deuxième explosif au cas où ça raterait. Je regarde et cinq wagons plus loin, j'en aperçois un autre qui était ouvert. J'ai mis ma bombe et j'ai sauté du train. 
Je suis à deux mètres et trois sentinelles arrivent vers moi. J'ai regardé par terre comme si j'avais perdu quelque chose. J'ai essayé de gagner un mètre. Il ne fallait pas s'affoler. Je regarde toujours du coin de l'œil si ma sentinelle s'agite. Elle tarde à m'interpeller... J'ai vu un passage, je suis passé. Rien ne s'est passé... je me suis éloigné et j'ai réussi à quitter les lieux comme ça (...)
J'ai dû revenir dans le courant de la nuit. Etant requis pour travailler sur les voies, je ne voulais pas qu'on me trouve manquant le lendemain. Les policiers nazis auraient tout de suite fait la liaison. Je m'en suis vu pour traverser la voie ferrée. Il y avait des
débris partout. Dans la nuit, je ne voyais rien. Il y avait de la ferraille partout en 
travers. Ça a été terrible comme destruction. La gare ressemblait à un champ de
ruines. Il n'y a pas eu de victimes.
Au total de cette opération 50 wagons fut détruit.

 

 

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