Garbo Le« divin espion »

07/01/2015 19:48
L’énigmatique périple d’un agent double, ressortissant d’une nation non engagée dans le second conflit mondial (l’Espagne), qui fut décoré aussi bien par les puissances « de l’Axe » que par les puissances « alliées ». Tenu pour mort en 1949, il réapparaîtra trente ans plus tard aux yeux du monde et des siens, pour être enfin considéré comme l’un des acteurs-clés de la victoire alliée !
En 1940, dans un pays dirigé d’une main de fer par un dictateur (Franco), mais qui connaît la paix alors que l’Europe s’est embrasée, notre homme propose ses services à l’Intelligence britannique qui ne veut pas de lui, et fait de même auprès de l’Abwehr (l’équivalent allemand) qui accepte avec enthousiasme et lui attribue le nom de code d’« Arabel ». Pujol se retrouve bientôt à la tête d’un complexe réseau d’espionnage ayant de nombreuses ramifications au sein des Iles Britanniques, réseau qui… n’existe que par l’imagination et le talent d’écriture d’un homme invisible qui passe son temps dans les bibliothèques de Madrid en prétendant se trouver à Lisbonne (où il demeurera effectivement un moment) !
garbo
Fidèle à ses méthodes de retournement faustien (la mort ou le double jeu complice), le contre-espionnage anglais, le MI5, « récupère » Arabel, l’installe en Albion, le chapeaute d’une nounou efficace (le colonel Tomas « Tommy » Harris), et lui confectionne une nouvelle identité : « Garbo » (pour son excellent jeu d’acteur, à l’égal de… Greta Garbo), grâce à laquelle les services secrets comptent faire parvenir aux Allemands de (faux) renseignements minutieusement sélectionnés. Et Garbo de devenir un maillon essentiel de cette vaste supercherie en deux volets (Nord et Sud), longuement développée dans le douzième épisode de la série documentaire Secrets de Guerre, connue sous le nom de code de « Fortitude », et destinée à faire croire à Hitler que le débarquement allié du 6 juin 1944 n’était qu’une opération de diversion masquant une invasion en force par le Pas-de-Calais et/ou la Norvège ! Cerise sur le gâteau des divisions fantômes et dispositifs matériels factices, les rapports du réseau entièrement fictif d’Arabel /Garbo étaient pris avec le plus grand sérieux par une Wehrmacht (l’armée allemande) qui immobilisa du coup durant de nombreuses semaines ses précieuses divisions blindées en mesure de ruiner le D-Day. L’inéluctable issue du cours de la guerre rendit ses contributions superflues (il essaya vainement de faire détourner les tirs de V1 de leur objectif, Londres) et Garbo organisa petit à petit sa propre « mise en sommeil ». Jusqu’au bout, il conservera la confiance des Allemands qui le décoreront plus tard de la croix de fer après l’avoir grassement rétribué durant toutes ces années, tant lui-même que ses multiples (jusqu’à 24 !) alter ego imaginaires ! Les Anglais feront de même en lui décernant la Victoria Cross mais en connaissance de cause, avant que le  «monde entier » et sa propre famille ne perdent sa trace en Afrique où Pujol serait mort du côté de l’Angola en 1949.
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Mais c’était sans compter la perspicacité de Nigel West, un politique et écrivain anglais spécialisé dans tout ce qui touche à l’espionnage, qui flaira une mise en scène et retrouva effectivement la trace de l’homme quelque trente ans plus tard au... Venezuela. L’Espagnol y a refait sa vie, s’est (re)marié et a fondé une nouvelle famille qui, tout comme celle qu’il a laissée en Espagne, demeure dans l’ignorance la plus totale de ses activités passées. Et malgré une première déconvenue en affaires, Joan Pujol Garcia mène une vie plutôt tranquille sur la côte où il a entre autres choses, ouvert une salle de cinéma.

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