LA POCHE DE ROYAN

Forces de libération entre dans Royan appuyées par les blindés de la 2éme DB

Le 12 septembre 1944, débute le siège de Royan, après la libération de Rochefort qui coupe les liens avec La Rochelle, assiégée elle aussi. La Poche de Royan, zone allemande enclavée, en marge de la France libérée, dure 7mois. 8000 allemands, formant le 1er Régiment de Royan, assurent la défense de cette forteresse, enterrés dans 218 ouvrages bétonnés et protégés par les marais. 180 000 mines antipersonnelles et 35 000 mines antichars ferment les limites de la Poche. Les canons du Mur de l’Atlantique, dirigés vers la mer, deviennent inutiles face à une offensive terrestre.
Fin septembre 1944, le contre-amiral Michahelles prend la tête de la Poche en remplacement du Colonel Polhman. Les premières évacuations de civils sont organisées jusqu’au début du mois de décembre. 2000 royannais s’y refusent et survivent tant bien que mal, assiégés par leurs libérateurs.
Dans la Poche, les déplacements sont soumis à autorisation. Le ravitaillement est rationné. L’eau devient rare. La vie est rythmée par le couvre-feu de 22h à 5h30 du matin et la pénurie d’électricité. La mairie organise les distributions de vivres et d’eau. Les rares journaux diffusent des informations jusqu’en décembre.
 
Le 5 Janvier 1945
Il faisait froid ce jour là, et grand vent. C’est l’un des hivers les plus rigoureux du siècle. La neige recouvre la ville endormie.
Les alliés préparent la libération de la Poche, dans le cadre de l’« Opération Indépendance », prévue pendant l’hiver 1944/1945.
Le bombardement du 5 janvier en est le premier acte. Pourtant, l’opération avait été abandonnée, à cause de la mobilisation des troupes prévues pour libérer Royan dans les Ardennes Belges afin de parer la contre-offensive soudaine de l’armée allemande.
Le bombardement a lieu sans qu’aucune attaque au sol ne vienne libérer la ville ensuite. Deux vagues de bombardements aériens, détruisent la ville à 85%

VIDEO:   http://youtu.be/jq5w0C_6jLM (Bombardement de Royan)

Attaque de Mosquito sur des navires allemand devant la poche de Royan

Royan de nos jours

1ère vague : Les bombardiers, précédés d’avions éclaireurs, décollent d’Angleterre, vers minuit.De 4h à 4h15, 217 Lancasters larguent leurs bombes, après un survol de reconnaissance et de marquage au sol.
2ème vague : De 5h28 à 5h43, 124 bombardiers attaquent une nouvelle fois la ville avec des bombes de 2 tonnes, plus meurtrières.
En une nuit, 27,4 tonnes de bombes incendiaires, 1576 tonnes de bombes explosives, 285 bombes de 2 tonnes sont déversées sur Royan. Le bilan du 5 janvier n’est toujours pas fixé : environ 450 royannais sont morts - c’est-à-dire 1/4 de la population - et des centaines sont blessés, surtout lors de la deuxième vague, quand ils portaient secours aux blessés. Les Allemands, enterrés dans les bunkers, ne comptent que 35 morts. Ils ne se trouvaient pas dans le champ de largage des bombes qui criblèrent le centre ville, sans toucher outre mesure leurs défenses côtières.
Après négociations avec le commandement allemand, qui refuse tout dialogue jusqu’au 8 janvier, une mission sanitaire est organisée, le 9 janvier au matin, soit 5 jours après le drame. L’utilisation d’un train entre Saintes et Saujon, puis d’un autobus jusqu’à Royan, permet de rapatrier une centaine de blessés. Mais la mission, dirigée vers Saint Palais et Les Mathes, ne peut entrer dans Royan, rendue inaccessible.

Royan ,Avril 1945

LA LIBERATION DE ROYAN

250 pièces d’artillerie, 200 chars, dont une partie de la division Leclerc, 2 bataillons du Génie viennent en renfort des résistants intégrés dorénavant dans les troupes régulières, regroupées sous le commandement du général de Larminat. L’assaut est préparé selon deux mouvements Sud et Nord, menés par les groupements Sud et Nord de la Division Gironde. Comptant 23 700 hommes, elle est aux ordres du général Anselme. Le Groupement Nord est affecté au colonel Granger, le Groupement Sud au colonel Adeline. La Brigade Oléron de 6700 hommes aux ordres du général Marchand est, elle, chargée du Nord de la presqu’île. La 8ème American Air Force apporte le soutien aérien de ses 1200 forteresses volantes et bombardiers B26. La flotte, regroupée sous l’appellation « French Naval Task Force », compte 25 bâtiments dont le cuirassé Lorraine, le croiseur Dusquesne, quelques torpilleurs et des destroyers d’escorte. Ce sont donc 30 000 hommes, appuyés par 1 200 avions et une fl otte de 25 navires, qui vont donner l’assaut fi nal sur la Poche allemande, du 14 avril au 18 avril 1945.

2éme DB route de Royan

 

L’opération de libération «Vénérable»
Tout le monde s’attend à une attaque terrestre immédiate, mais rien ne vient. Une trêve de dix jours permet l’arrivée d’une colonne sanitaire française pour évacuer les grands blessés et certains survivants, ce qui neutralise, sous un froid sibérien, la plus grande partie de janvier. La guerre de position reprend avec ses coups de main. Le général de Gaulle n’admet toujours pas que des unités allemandes puissent rester invaincues à nous narguer, aussi, au moment où la fin de la guerre approche, c’est lui qui hâte la décision de relancer l’offensive, rebaptisée Vénérable, pour le dimanche 15 avril. Pour les Alliés, cette opération – au moment où les Russes sont prêts à l’assaut final contre Berlin et les Alliés sur l’Elbe à moins de 200 kilomètres d’eux – n’est entreprise qu’à la demande des Français. A l’époque, ce n’était pas une décision illogique, notre prestige militaire n’étant pas au plus haut. Larminat dissout les Forces françaises de l’Ouest afin que l’attaque soit uniquement menée par des unités régulières et non par des maquisards, ils deviennent les 50e, 107e et 158e régiments d’infanterie et le 12e régiment d’artillerie. Pour une telle opération de prestige, de Gaulle et les Alliés veulent une victoire certaine, aussi Larminat reçoit tout l’appui nécessaire, soit 30 400 hommes, dont un tiers de troupes du Maghreb. La division de marche Gironde de 23 700 hommes, aux ordres du général d’Anselme, attaquera directement Royan, la brigade de marche Oleron de 6 700 hommes, aux ordres du général Marchand, débarquera sur la rive gauche de la Seudre. Ils sont appuyés par 200 chars de la division Leclerc, 250 pièces d’artillerie FFI et américaines, deux bataillons du Génie, l’imposante escadre de la French Naval Task Force, la FNTF de l’amiral Rue avec 25 bâtiments, dont le cuirassé La Lorraine et le croiseur Duquesne, précédée par la 31e flottille canadienne de sept dragueurs de mines pour nettoyer l’estuaire.

batterie du port de Royan

Les Forces françaises sont aidées par 1 200 forteresses volantes et B26 Marauders de la 8e Air Force du général Doyle, montés par 8 000 aviateurs, plus nombreux que les défenseurs allemands au sol. Dans son ordre du jour du vendredi 13 avril, Larminat déclare : «Soldats FFI montrez à la France que vous savez vaincre dans une bataille en règle», puis il dénonce les accords avec l’amiral Schirlitz à La Rochelle afin de laisser celui-ci libre de secourir Royan. L’opération Vénérable débute le samedi 14 avril par la prise de tous les avant-postes, 1 150 bombardiers américains larguent 3 000 tonnes de bombes sur le réduit. L’attaque de rupture est déclenchée le dimanche 15 avril après une intense préparation d’artillerie. 1 350 bombardiers déversent 4 000 tonnes de bombes, Vaux est partiellement détruit et Maurice Garnier est tué en pleine action de résistance. Les Américains bombardent le réduit de Royan avec 725 000 litres de napalm, nouveau liquide incendiaire expérimenté pour la première fois. Le résultat est décevant, les blockhaus ne sont pas détruits, mais spectaculaire, car c’est une vision dantesque. La terre, le sol même flambent. Les ruines de Royan ne sont plus qu’un infernal amas de pierres calcinées et de ferrailles tordues. Après le déminage par les résistants français qui ouvre la voie aux blindés de la 2e DB, et un pilonnage par la flotte de haute mer et par 210 pièces d’artillerie sur les défenses côtières de Saint-Sordelin et des Ajoncs, l’attaque sur l’axe Médis-Royan est arrêtée par les ouvrages fortifiés et minés de Belmont, qui ont survécu à ce déluge de feu et d’acier et sont conquis par le 4e Zouaves. Aussitôt les chars de la division Leclerc foncent sur Royan, la mer est atteinte à la tombée de la nuit, dans un nuage de fumée et de poussière irrespirable, Suzac et Saint-Georges sont aussi libérés.

2éme DB poche de Royan

Le lundi 16 avril, après une nouvelle et intense préparation d’artillerie, la brigade Oleron franchit la Seudre et libère la presqu’île d’Arvert à l’exception du réduit de la Coubre. La division Gironde nettoie Royan, les ouvrages fortifiés du port, du Chay, de Pontaillac et du bois de Bellamy sont pris par le 4e Zouaves. Les résistants condamnés à mort, détenus à Saint-Palais, se libèrent eux-mêmes en désarmant leurs gardiens. 550 bombardiers pilonnent Jaffe et la Coubre, les ouvrages de Vaux puis de Jaffe sont enlevés par le 4e Zouaves. Saint-Georges et Vallières sont nettoyés, après une résistance acharnée. Au soir du 16 avril, il ne reste plus à réduire que le blockhaus de Michahelles à Pontaillac et ceux du réduit de la Coubre. Le mardi 17 avril, le réduit de la Coubre est soumis à un violent bombardement aérien. La fumée et la chaleur intense de la forêt en flammes gênent l’attaque de la brigade Oléron. Le 4e Zouaves, toujours en première ligne, attaque le blockhaus de Michahelles à Pontaillac. Après une vive défense, l’amiral se rend avec 12 officiers et 97 sous-officiers et hommes de troupe. Le général d’Anselme arrête les opérations et ouvre des pourparlers avec les 800 marins du bataillon Tirpitz qui défendent la Coubre. Le matin du mercredi 18 avril, ils se rendent et défilent devant leurs vainqueurs en grand uniforme car Larminat, toujours chevaleresque, leur accorde les honneurs militaires. La victoire est totale. L’ennemi, écrasé sous 153 550 coups de canon et 10 000 tonnes de bombes, compte 479 tués et 4 600 prisonniers dont 220 blessés. Mais les pertes françaises sont lourdes, 154 tués et 700 blessés, sans parler des quelques dizaines de victimes civiles.

 L’histoire a cb75-3.jpgjugé, sans hésitation, l’attaque de la poche n’a pas marqué l’histoire de la Seconde Guerre mondiale et la gloire est allée au général Leclerc et à sa marche victorieuse sur Berchesgaden. Le prestige a été la vraie raison de cette attaque tardive et si la victoire fut totale, avec le recul du temps, elle n’apparaît guère brillante. Lors de la revue, par un temps splendide, le dimanche 22 avril dans la plaine des Mathes, le général de Gaulle salue cette victoire française qui prouve l’efficacité de l’armée nouvelle et déclare que le travail a été bien fait. Au milieu d’une débauche d’uniformes colorés des zouaves, tirailleurs et autres troupes régulières, les FFI se remarquent par la note sévère de simples tenues kaki. Les membres de la Résistance, alignés sur la route presque devant l’estrade du général, mais en parents pauvres, sont décontenancés et déçus. De nombreux combattants sont décorés, dont Larminat, d'Anselme, Rue, Corniglion-Molinier, Adeline et le 4e Zouaves, qui reçoit une dixième palme à la Croix de guerre de son drapeau pour avoir pris la plus large part dans cette victoire, fait plus de 2 000 prisonniers dont l’amiral, mais compte 60 tués et 250 blessés. Puis de Gaulle traverse rapidement le chaos de désolation et les ruines désertes de Royan et fait part de sa tristesse devant un tel désastre. Le général Royce n’est pas oublié puisque le gouvernement du général de Gaulle le fait commandeur de la Légion d’honneur le 26 mai suivant.

 

 

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