La libération de Nice

La libération de Nice a lieu le 28 août 1944 à la suite d'une insurrection armée décidée par la Résistance. Les insurgés ne sont qu'une centaine au début de la journée du 28 août, mais l'ampleur qu'a pris le soulèvement en fin de journée pousse l’occupant allemand à évacuer la ville. Les Alliés ne sont pas au courant de l'insurrection et n'aident donc pas les insurgés. Prévenus par la Résistance, quelques soldats américains arrivent de Saint-Laurent-du-Var le soir du 29 août. Une colonne blindée américaine arrive enfin le 30 août 1944. Nice est définitivement libérée.

Le 27 Aout 1944

Le comité militaire des F.T.P. - M.O.I. s'est réuni le matin du 27 août et a décédé de proposer l'insurrection pour le lendemain. Les hommes veulent en découdre. Le même jour, deux réunions sont organisées au huitième étage du Palais Stella situé au 20 boulevard de CessoleNote . Celle du matin est d'ordre militaire et celle de l'après-midi d'ordre politique Sont présents Sony, chef départemental F.T.P., Armand, pour les « Milices patriotiques » des entreprises, Jean-sans-peur, pour les F.T.P.F. de Nice, Ludovic, pour la M.O.I. (Main d'œuvre immigrée), Thibaud, pour la C.G.T., Pierre Durand, Georges, responsable départemental du Parti communiste et aux F.T.P., plus un invité, Bemard, cadre régional bloqué à Nice. Brandon, du Front National, et Duchêne, du Parti communiste, sont absents pour des raisons de sécurité. Ensemble, ils forment le Comité insurrectionnel. La décision est prise de déclencher le soulèvement général pour le lendemain dès six heures en dépit de la pénurie d'hommes entraînés (100 à 200 hommes) d'armes et de munitions (des grenades, 20 mitrailleuses, 40 mousquetons et quatre mitrailleuses lourdes). Une plaque commémorative est aujourd'hui visible à droite de la porte d'entrée de l'immeuble et rappelle cette importante réunion.
Affiche du Comité Insurrectionnel placardée dans les rues de Nice dans la nuit du 27 au 28 août 1944 et appelant à prendre les armes.
 
Les divers groupes de résistants sont prévenus dans l'urgence (notamment les Corps Francs de la Libération à la caserne Filley avec le groupe Parent) mais beaucoup ne peuvent être joints en si peu de temps notamment à cause du couvre-feu ou de la distance. Piere Bloch rencontre le docteur Sapir à la libraire Paradis en compagnie de l'avocat Brandon responsable départemental du Front National qui se dit habilité à parler au nom des F.T.P.. Ils rédigent ensemble à un texte bref qu'ils signent : Les représentants des CFL, MP, FTP de la ville de Nice, réunis le 27 août 1944, décident de porter à la connaissance de leurs troupes respectives, à la veille du combat sacré pour la libération, qu'elles ne doivent rivaliser que par l'ardeur dans la lutte contre l'ennemi et combattre au coude à coude fraternel et loyal, dans un esprit purement patriotique. Dans la nuit, les F.T.P. placardent des affiches malgré le couvre-feu, un peu partout dans les rues de la ville pour relayer l'appel à l'insurrection. On peut y lire : Français, Françaises, le 15 août, les armées alliées, comprenant l'armée française de la libération, ont pris pied sur notre sol. Elles sont aux portes de Nice. Cannes, Antibes et Grasse sont libérées : la Wehrmacht aux abois ne sait plus où se réfugier, ses soldats ont peur ! Ils savent maintenant qu'ils sont vaincus. Mais note ville reste à libérer. Dès le débarquement, la C.G.T. a lancé l'ordre de grève générale. Les F.F.I. ont organisé les guérillas. Mais cela ne suffit pas ! Le peuple de Nice, quatrième ville de France, se doit, après l'exemple de Paris, de Marseille, de Bordeaux, de Lyon et autres villes de France, de se libérer à son tour, de faciliter l'entrée victorieuse des troupes alliées dans la capitale de la Côte d'Azur. Pour cela, le C.D.L. vous appelle au combat. Aux armes citoyens ! Partout abattez les boches, désarmez-les, entrez en masse dans les milices patriotiques. Un seul mot d'ordre : s'organiser, s'armer, se battre ! Vivent les F.F.I. ! Vive la libération de Nice ! Vive la France ! En avant, tous au combat 

28 Aout 1944 jour de l’insurrection 

A l’heure dite, des combats éclatèrent simultanément en plusieurs points de la ville ;  à l’angle du Bd Auguste Raynaud un véhicule de gradés allemands fut neutralisé par une grenade et les résistants récupérèrent les armes ; à 7h30, un camion allemand tractant une arme lourde arriva par le boulevard Joseph Garnier ; il fut lui aussi attaqué à la grenade et les assaillants s’emparèrent d’une mitrailleuse lourde et de mausers ; un troisième subira le même sort et les habitants construisirent une barricade pour empêcher les renforts allemands de passer.
Bientôt les groupes Francs du Mouvement ''Combat'' vinrent appuyer leurs camarades, à 10 heures, la plupart des gardiens de la Paix rejoignirent les insurgés ; on se battait dans toute la ville et un chef de groupe surnommé «Loulou » se signala en tuant six allemands en cinq minutes …
Le général Nickelman, commandant des forces allemandes, fit savoir à midi que si l’insurrection ne cessait pas immédiatement il ferait bombarder la ville et la mettrait à feu et à sang, tous les combattants pris serait traités en franc-tireurs et fusillés sur place ; cet ultimatum ne fit que raviver la détermination des insurgés. De ses retranchements de Gairaut, du Mont-Alban de la caserne Auvare et du col de Villefranche, l’ennemi canonnait la ville : du Château il mitraillait le Vieux-Nice ; mais bientôt les servants Polonais se mutinèrent, gênant momentanément la défense allemande.
Dans la journée les combattants étaient un millier, avec peu d’armes et déjà à court de munitions ; l’on attendait l’arrivé des maquisards qui, près de Levens, harcelaient les troupes allemandes refluant vers l’Italie.
Les résistants de Nice
 
En peu de temps et malgré les tirs nourris de mortiers, toutes les positions stratégiques tombèrent aux mains de la Résistance : la Poste thiers, la gare SNCF, les Ets Michel, le siège de la police, puis la Gendarmerie, le Lycée Masséna, la Préfecture, l’Hôtel de Ville, l’Usine à Gaz, le siège de la Milice, le dépôt du TNL, la gare Saint-Roch, la caserne Filley, le garage Renault…Les locaux de l’Eclaireur furent investis ainsi que les principales imprimeries et l’on commença immédiatement à imprimer tracts et affiches appelant à la révolte.
L’après-midi, vers 18 heures et après d’âpres combats, les blockhaus du Bd Gambetta, de l’avenue de la Victoire et de la place Saluzzo furent pris d’assaut, mais la lutte se poursuivait autour de certaines positions. L’ennemi comprit en fin de journée qu’il ne pourrait faire face au soulèvement populaire.
Et la kriegsmarine évacua en hâte la position du château ; le général Nickelman informa l’état-major général allemand qu’il allait être contraint d’évacuer la ville , selon lui « infestée de 4 000 terroristes ». Beau compliment, puisque selon les dires du général chaque résistants se battait comme quatre hommes….
Vers 19 heures les artificiers allemands firent sauter le port de Nice, deux môles, le phare, les grues, et coulèrent plusieurs navires à quai. Deux heures après, la flotte alliée canonna les blockhaus du front de mer, déjà abandonné par leurs occupants. Toutes les forces allemands se replièrent, dévalèrent des collines et quittèrent enfin la ville qu’elles mitraillèrent rageusement au passage. Une colonne de la FFI descendue de Levens s’apprêtait à appuyer les combats du lendemain, car une contre-offensive était encore à craindre. Elle n’eut pas lieu et les libérateurs purent défiler dans les rues de Nice ; l’extraordinaire liesse populaire sera teinté d’un seul regret : si les insurgés avaient disposé de plus d’armes et de munitions, pas un ennemi n’aurait pu s’échapper de Nice.
Deux jours après, les troupes américaines entraient à Nice où déjà la plupart des corps municipaux et d’Etat étaient reconstitués ou en voie de l’être.
Entrée des Américains à Nice
 
Nice s’était libérée seule, sans l’aide des troupes alliés, et elle peut s’enorgueillir d’avoir été l’une des rares dans ce cas. En 1914, les politiciens français avaient accusé publiquement les soldats niçois de lâcheté, alors que 4 000 d’entre eux allaient donner leur vie pour la France. Le 28 août 1944, Nice à définitivement lavé l’affront immérité de 1914, rachetant de son sang la lâcheté et les fautes criminelles commises par toute une partie de la classe politique française qui elle, en 1940, n’avait pas défendu son drapeau.

Bilan

Le bilan était de 23 morts et 280 blessés du côté des insurgés niçois.
Les Allemands perdirent quant à eux 21 hommes et 105 furent prisonniers ainsi que 4 morts côté italien.
 
 
 

 

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