La libération de la Sarthe

Les Américains à Roezé (photo Magne)
 
Début 1944, comme dans de nombreux autres secteurs de l'ouest de la France, les anglo-américains lancent des actions militaires d'envergure afin de garantir toutes les chances de succès au Débarquement prévu le 6 juin. Ils détruisent prioritairement les voies de communication ainsi qu'une partie des moyens de production de l'ennemi avec pour objectif de bloquer ou de retarder les troupes ennemies qui pourraient se diriger vers la Normandie. Si le centre ville du Mans est épargné par les Alliés, ceux-ci attaquent les points stratégiques de l'agglomération tels que la gare, l'aérodrome, les voies ferrées, les usines Junker et Renault ainsi que les ponts sur la Sarthe et sur l'Huisne. Les bombardements touchent malheureusement les quartiers périphériques du Mans (quartier Batignolles) et des communes à proximité de la ville. La population déplore la destruction des domiciles mais surtout la mort de nombreux proches. Les attaques du 7 et du 14 mars sont particulièrement sanglantes malgré les avertissements figurant sur les tracts lancés par la coalition pour demander aux habitants quitter les zones à risques. Au lendemain du Débarquement en Normandie, les attaques se poursuivent. Le département est en état de siège. A la mi-juin, les bombardiers anglo-américains sont si nombreux dans le ciel qu'un témoin remarque que Ton ne sonne plus les alertes aériennes. Les transports sont paralysés et les pannes d'électricité et de gaz incessantes. Les Allemands réquisitionnent l'hôpital du Mans pour y soigner leurs blessés rapatriés du front de Normandie. Ces opérations militaires se poursuivent jusqu'au début du mois d'août. Le bilan humain sera lourd : environ 250 civils décèdent des suites des raids aériens.
Une activité accrue de la Résistance
La résistance sarthoise redouble d'efforts pour aider de son mieux les Alliés et accélérer la libération de la France. Les combattants de l'ombre commettent quelques attentats, sabotent les installations et les biens qui appartiennent à l'occupant, procèdent à des attaques de mairies pour se procurer de l'argent et des papiers administratifs vierges, et coupent les lignes téléphoniques. Après le 6 juin, ce sont plus de 70 de ces actions qui sont menées. Les Alliés, conscients de l'aide que peuvent leur apporter les patriotes, parachutent à leur intention des armes et du matériel en juillet. Ces équipements sont répartis entre les différents groupes.
Certains d'entre eux, spécialisés dans la lutte année, se montrent particulièrement actifs contre l'ennemi : il s'agit des Groupes Mobiles Franco-Anglais (G.M.F.A.). Créés au mois d'avril 1944 pour harceler les troupes allemandes, ils sont à l'origine des quatre plus importants maquis, hormis celui de Ruillé-sur-Loir, qui vont se constituer dans la Sarthe en juin. Le plus connu est le maquis établi dans la forêt proche de la Charnie. Le 13 juin, les quelques hommes installés là reçoivent des armes et, en renfort, 3 aviateurs alliés et 4 Sénégalais évadés d'un camp de prisonniers portant l'effectif total à 27 hommes. Le 20, les Allemands les dispersent et font 8 prisonniers. Ils interceptent également un dernier parachutage. La Gestapo recherche activement les fuyards dans les environs. Au début du mois d'août, tous ces maquis tardifs sont démantelés.
 
Les Alliés et la 2ème D.B. en Sarthe
Contournant le front de Normandie par le Sud de la Manche et de la Mayenne, la 3e armée du Général Patton arrive en Sarthe en passant par la région de Sablé-sur-Sarthe le 8 août. Les premiers éléments de cette armée pénétrant dans le département sont des unités de la Deuxième Division Blindée (2ème D.B.) du général Leclerc, débarquée en France le 1e' août. La division française est incorporée à la 5e Division Blindée qui fait partie de la 79' Division d'Infanterie US. Leclerc organise sa division en groupements et sous-groupements qui sont mobiles et très rapides Ces formations progressent à travers un paysage de bocage en visant Mamers via Marolles-les-Braults. Ils évitent ainsi les routes meurtrières à proximité desquelles se cache des unités antichars allemandes.
Les Américains à Voivres
 
Les Alliés progressent sans difficulté dans le sud évacué par les Allemands en bon ordre. Ils sont accueillis chaleureusement dans les communes où ils passent. La ville du Mans est libérée par le XV" Corps d'Armée américain le 8 août après quelques rares combats mais les occupants ont pris soin de détruire les ponts et de faire exploser leurs stocks de munitions. La 2ème D.B. contourne la capitale sarthoise et stationne quelques heures à NeuviIle-sur-Sarthe. Cependant, au nord de la capitale sarthoise, l'armée allemande s'efforce de retarder la jonction entre, d'une part, les troupes alliées qui, après le Mans, se dirigent vers leur principal objectif, Alençon, et, d'autre part, celles qui se trouvent au nord de la forêt d'Ecouves dans l'Orne. Les occupants établissent une ligne de défense sur l'axe Saint-Marceau-Bonnétable. De violents accrochages ont lieu dans le Saosnois (nord Sarthe) le 10 août. La 2ème D.B. se heurte à la 9' Panzer à Mézières-sur-Ponthouin, venue en renfort de Nîmes. Elle parvient à s'imposer mais perd 22 hommes à l'issue de cette journée. Les Américains subissent également des pertes à Nouans et à Doucelles. Des combats violents se poursuivent pour la 2ème D.B. le 11 août entre le croisement de la Hutte et Fyé. La vigueur de la contre-attaque alliée met un terme définitif à la présence allemande dans le département, complètement libéré le 11 août.
Char de la 2éme DB
 
Entre le 19 et le 23 août, le Général de Gaulle séjourne dans la ville du Mans accompagné par les autorités locales et des officiers. Acclamé par la foule, il prononce un discours dans lequel il exhorte la population à s'unir contre Hitler et à garder la foi en la France.
L'épuration commence pour les collaborateurs. Les prisonniers allemands, parmi lesquels de nombreux officiers, rejoignent le camp de Mulsanne qui devient le plus important camp d'internement de ce type en France. Les maires et les fonctionnaires ayant servi fidèlement Vichy sont révoqués. La nouvelle de la défaite allemande déclenche l'enthousiasme de la population mais n'efface pas les deuils trop récents et les privations qui ont cruellement touché les Sarthois pendant 4 années.
 
SOURCE:  extrait d'une brochure réalisé pour l'ONAC (Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre) 

 

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